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mardi 16 novembre 2010 10:22

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Les acteurs rentrent dans le jeu

par Olivier Séguret

tags : bande-annonce , Moi jeux

L.A. Noire - DR

Depuis l’érudit compatriote posteur Blog l’Éponge, jusqu’au spécialiste en jeux vidéo du site de Wired en passant par des zillions de sites dédiés, tout un petit monde a mis en valeur cette grande nouvelle tombée la semaine dernière : il existe enfin un vrai trailer de L.A. Noire, ultime production du fameux studio Rockstar Games, développée par son antenne australe de Team Bondi. Et la plupart de ces sentinelles ont également noté le rapprochement presque inévitable entre ces images très parcellaires mais que l’on assure issues directement du jeu et celles de Heavy Rain, le « thriller interactif » aussi remarquable que controversé de David Cage et Quantic Dream, sorti l’hiver dernier.

 

Ce ne sont pas les ambiances elles-mêmes de ces deux polars, malgré leur parfum commun de Dahlia noir, qui portent à l’analogie, c’est la qualité, la texture, la définition particulières des personnages qui s’y déplacent ou que l’on incarne qui jettent un trouble comparable. Dans les deux cas, en effet, ce sont des acteurs professionnels auxquels ces productions ont fait appel. Et ceux-ci ont fait bien davantage que prêter leurs corps à une expérience digitale pour un petit travail de doublure qui arrondit les fins de mois. Ils se sont réellement immergés dans un rôle, investis dans des espaces et ont habité un personnage aussi complètement que lorsqu’ils jouent sur une scène ou sur un plateau de cinéma. La nuance est cruciale parce qu’elle fait disparaître le réalisme en surface du corps-mannequin auquel nous ont habitués ces jeux, parfois excellents, où la motion capture de véritables corps humains sert à fabriquer mécaniquement des modèles déclinables selon les circonstances. Dans les cas de L.A. Noire et de Heavy Rain, interprétés par de vrais acteurs au cours de scènes filmées comme au cinéma, surgit dans le monde du joueur un réalisme beaucoup plus profond et dérangeant, où la qualité dramatique, le jeu des comédiens, l’incertitude des relations humaines tiennent une place prépondérante dans le processus d’identification comme dans la progression de la partie.

Le fait que, dans le trailer de Rockstar, on puisse reconnaître et nommer l’un de ces acteurs (le Mad Men Aaron Staton) ajoute une touche étrange au processus… Et incline d’un rayon supplémentaire les relations incestueuses entre les industries du jeu et du film.

Paru dans Libération du 15 novembre 2010


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