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jeudi 18 octobre 2007 18:10

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Les artistes à l’assaut des murailles de la ville

par Marie Lechner

tags : festival , art numérique

DR. Wildlife de Karolina Sobecka

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Des SMS qui bullent

Paul Notzold, artiste américain, présente ce week-end à Noisiel, son installation interactive TXTual Healing, à l’occasion du festival Temps d’images

Dans la voiture immobilisée au feu, un enfant le nez collé à la vitre tente d’attirer l’attention de ses parents, il pointe du doigt un grand tigre qui semble le fixer sur les murs de l’immeuble en face. Le feu passe au vert, et le fauve se met à courir à grandes enjambées sur les haies, les murets, cavale le long des grillages, apparait et disparait entre les arbres, rase les façades des maisons.L’intrusion de cet animal sauvage dans la jungle urbaine passe souvent inaperçue, les (rares) piétons dérivant dans les rues de Noisiel en ce dimanche soir sont soit pendus à leur téléphone, soit trop absorbés dans leurs pensées pour prêter attention aux apparitions furtives du tigre. Mais lorsque leur regard croise le grand fauve, leur mine s’illumine. « Je souhaitais retrouver ce moment d’émerveillement, insérer un élément de fantaisie qui vient perturber la réalité quotidienne » explique Karolina Sobecka, artiste d’origine polonaise, installée à Seattle. La magie opère d’autant mieux que personne ne semble soupçonner la provenance de la bête, soit un projecteur embarqué sur le siège arrière d’une voiture qui sillonne la ville. Les mouvements du tigre sont liés à la vitesse des roues, le tigre accélère, ralentit ou stoppe sa course en fonction du véhicule.

Cette installation éphémère, dont la simplicité n’ôte rien à la poésie, fait partie de « Guérilla urbaine », une série de projets dans l’espace public proposé par Régine Debatty, à l’invitation du festival Temps d’images, qui se poursuit ce week-end à la ferme du Buisson. « Cette sélection veut évoquer ce à quoi pourraient ressembler nos villes, si on laissait leurs paysages visuels entre les mains non des vendeurs de céréales croustillantes mais entre celles des artistes », écrit la commissaire. « C’est une tentative de réappropriation de l’espace public, accaparé par la publicité, les panneaux d’affichage, les enseignes », renchérit José-Manuel Gonçalvès, directeur artistique du festival, qui souhaite mettre l’accent sur ces interventions hors les murs et se désole de la difficulté de l’entreprise. Il a dû renoncer à l’un des projets, Parasite, colonisation des tunnels du RER par des créatures lumineuses qui dansent sur les parois . Les responsables de la RATP craignent que ces lumières ne perturbent le conducteur, et refusent que le projecteur soit accroché à l’extérieur des voitures. Ce week-end, on pourra néanmoins débusquer les animaux sauvages de Lisa Rave, pochoirs invisibles réalisés à la peinture fluorescente qui ne se révèlent qu’à la lumière ou s’exprimer sur les murs avec TXTUal Healing de Paul Notzold. Les SMS pianotés sur son téléphone portable s’affichent dans des bulles projetées sur les murs d’un bâtiment, devant la gare. Disposées face à des fenêtres, les deux bulles de bédé incitent le public à imaginer les conversations qui pourraient se dérouler derrière les murs. « J’invite les passants à s’exprimer dans l’espace urbain, au lieu de subir constamment les injonctions des messages publicitaires, explique l’artiste basé à Brooklyn. Je leur propose un début de scénario, les gens comprennent instantanément et ils s’en emparent. » Des intrusions ludiques, presque superficielles qui proposent néanmoins une réflexion sur ce qu’est l’espace public.

Temps d’images s’aventure ainsi timidement hors de la Ferme dui buisson qui concentre la plupart des chantiers, installations et spectacles explorant les interactions entre le spectacle vivant et l’image. Les écrans (vidéo, d’ordinateur, de télévision) sont omniprésents dans Electronic City, du collectif MxM, qui met en scène le cauchemar globalisé d’un homme d’affaire. Il court de halls d’aéroport en chaînes d’hôtel standardisées, pendu à ses prothèses technologiques comme à des bouées, sans plus savoir où il est (Taipei ? Melbourne ? New-york ?), qui il est, interchangeable comme les chambres où il ne trouve plus le repos. Perte d’identité, diluée dans l’image médiatisée, dissoute dans l’écran qui se fait tout à tour caméra de surveillance, scanner infra rouge, miroir glaçant de notre condition humaine.

Lire aussi l’interview de Paul Notzold

Temps d’images, les 19,20 et 21 octobre, à la Ferme du Buisson, Noisiel


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