mardi 11 octobre 2011 15:21
Les colossaux échos d’« Ico », dix ans après
par Olivier Séguret
tags : haute définition , Moi jeux , Blu-ray
Shadow of the Colossus, le 13e boss... DR
Il y a peu, on célébrait ici la réédition d’Another World en version appli, vingt ans après sa naissance sur PC. La fête se prolonge avec la ressortie sur PS3 et en version HD (voire en 3D si on est équipé) de deux titres pour lesquels le mot chef-d’œuvre, encore une fois, n’est pas exagéré. Sur Blu-ray, et pour un prix franchement réduit, sont en effet désormais disponibles Ico (2001) et Shadow of the Colossus (2006), signés par le barde le plus bizarre du jeu vidéo, l’idéaliste et ténébreux Fumito Ueda, et qui offrirent à la PS2 deux de ses plus beaux feux. Plus sensible dans Shadow of the Colossus, le rehaussement administré n’a rien d’un gadget : la résolution et le contraste augmentent le confort optique et donc l’émerveillement visuel, tandis que la puissance de la console résout les problèmes de fluidité. Voilà tous nos sens libérés des moindres chaînes et intégralement disponibles pour l’essentiel : l’immersion dans ce qui reste, dix ans plus tard, une expérience unique. Ico, orphelin sacrifié, est enfermé dans un château-labyrinthe dont il sortira après avoir fait alliance avec Yorda, jeune fille de lumière pourchassée par les ombres. Avec trois touches utiles, une bande-son minimale et pourtant rhapsodique (cascades, vent, bruits de pas et craquements de feu), une quasi-absence de dialogues, pas d’inventaire ni de barre de vie, la force de sidération et d’intégrité de Ico est restée intacte et a peut-être même, par contraste, été exhaussée par le temps. Le sentiment profond d’inquiétude, d’égarement, parfois de détresse qui imbibe les deux titres sont comme un rappel à l’ordre fondamental des choses du jeu : cette mer sourde d’affects et de sentiments sur l’écume de laquelle tant d’autres surfent soit avec veulerie et indignité, soit superficiellement. Surnommée par la suite la « Ico Team », la petite bande de poètes dirigée par le romantique Fumito Ueda mijote depuis plus de cinq ans son nouveau titre, The Last Guardian. Les rares images et trailers disponibles mettent les fidèles au supplice. Somptueuses à l’œil et immédiates d’émotion, ces images semblent figurer un univers contigu à celui de ses deux prédécesseurs : un jeune garçon isolé dans une architecture de palais labyrinthique, un griffon géant qu’il apprivoise. Enfant et monstre ensemble contre le monde. En 2012, sans doute. Ico & Shadow of the Colossus Collection
Paru dans Libération du 10 octobre 2011
édité par Sony pour PS3, 35 euros environ.
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