Les combats de Monte Hellman
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , le coin du cinéphile
« Macadam à deux voies ». DR
Coffret Monte Hellman, quatre DVD, The Shooting, L’ouragan de la vengeance (les deux films originaux de 1966), Macadam à deux voies (1970), Cockfighter (1974), avec Jack Nicholson, Warren Oates, James Taylor, Dennis Wilson, Laurie Bird..., 45 euros.
Nous sommes dans la légende, celle des années 60. D’abord avec ces deux westerns dépouillés et fauchés, mais jamais irrévérencieux envers le genre, que sont The Shooting et L’ouragan de la vengeance. Deux des premiers films qui forgèrent la renommée de Jack Nicholson. A propos de The Shooting, le critique anglais David Thomson, qui vit à San Francisco, dit très justement que « ses images des corps de Millie Perkins, Warren Oates et Jack Nicholson, de plus en plus déchirés par la dureté du désert, font plus authentiquement western que celles de la Horde sauvage. » Hellman a tourné ces films pour le producteur Roger Corman, sans pression en pensant que, de toute façon, il fallait remplir les doubles programmes du roi de la série B et que personne ne prêterait attention à leur style particulier. Erreur ! Non seulement ces westerns furent remarqués aux Etats-Unis, mais aussi en France où ils sortirent en... 1968. C’est pourtant Two Lane Black Top, Macadam à deux voies, qui est le véritable sommet de la filmographie de Monte Hellman. Un budget de 850 000 dollars, quasiment « pharaonesque » pour le cinéaste, et des stars à sa dimension. Par exemple, la vedette maison, Warren Oates, dont le réalisateur dit dans les bonus tout le bien qu’il pensait de lui et sa peine quand cet acteur atypique mourut en 1982, à 53 ans. Il y a aussi Dennis Wilson, le batteur des Beach Boys, frère de Brian Wilson, et James Taylor, star du rock de l’époque âgée de 22 ans. Au premier abord, c’est un de ces films de course de voitures, genre follingue qui fleurit dans les années 60 et 70 aux Etats-Unis. Plus en profondeur, c’est un formidable télescopage de personnalités et son caractère elliptique lui donne une allure de film-culte, qu’il est devenu. Et un vrai Road movie comme les aime son metteur en scène. Quatre ans après ce film, Hellman tourne Cockfighter. Il raconte dans les bonus de ces DVD, notamment dans Plunging on Alone : Monte Hellman’s Life in a Day, de Paul Joyce, pourquoi il n’aime pas ce film. Comment Corman essaya de le court-circuiter puis heureusement relâcha la pression. Il est bien de voir ce documentaire avant le film. On est alors certain d’être surpris. Car Cockfighter vaut mieux que ce qu’en dit son réalisateur. Oates y est superbe et convaincant en entraîneur de coq de combat, touché par la scoumoune jusqu’à ce qu’il décide enfin de parier sur ses atouts. Une mélancolie certaine baigne cette balade dans l’Amérique très provinciale, à des années lumières des films des « wonderkids » de New York la clinquante. Depuis Cockfighter réalisé en 1974, Hellman a fait peu de films, China 9, Liberty 37 en 1978, rien pendant dix ans, puis Iguana et Blind Terror dans les années 88-89, rien encore pendant 17 ans, puis Trapped Ashes et Stanley’s Girlfriend, ces deux-là en 2006. Rien qui vaille les films de ce coffret, bien fait et bien plein.
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