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Chantal Brunel

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vendredi 19 juin 2009 14:50

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Les cyber-cerbères de Pékin

La capitale chinoise va recruter 10 000 volontaires pour renforcer le contrôle des sites web.

par Pascale Nivelle

tags : vie privée , Chine , surveillance

CC faungg

PÉKIN, de notre correspondante

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Après les policiers du Net, les volontaires. Lors d’un colloque sur « la purification de l’environnement culturel et social de la capitale », la municipalité de Pékin a annoncé qu’elle recruterait 10 000 internautes d’ici à la fin de l’année pour contrôler les contenus « malsains » sur les ­sites chinois.

Leur mission est de « protéger la jeunesse » et d’établir une base de données des 370 000 sites enregistrés à Pékin. Pour l’instant, il s’agit d’une initiative limitée à la capitale, en dehors du cadre habituel de la censure chinoise puisque les volon­taires œuvreront dans le cadre d’une association semi-officielle. Pour son président, Min Dahong, la mairie de Pékin ne fait qu’officialiser une pratique courante  : « Les censeurs ont déjà une liste de gens venant d’organisations variées, a-t-il confié au quotidien de Hongkong South China Morning Post. Ils contrôlent les sites web pour la police et signalent immédiatement les ­contenus malsains. »

Depuis 2005, il existerait aussi un groupe de plusieurs millions d’internautes, surnommé le « Parti des 5 maos », rémunéré 5 centimes d’euro par commentaire pour prêcher la bonne parole gouvernementale sur Internet. Cela semble faire partie d’une stratégie  : en janvier 2007, le président Hu Jintao avait appelé les chefs du Parti communiste chinois (PCC) à « étudier l’art de la gouvernance en ligne et à utiliser activement les nouvelles technologies pour accroître la force de la propagande positive ». L’appel de la mairie de Pékin peut signifier qu’il faut des renforts. Ces dernières semaines, marquées par l’ultrasensible vingtième anniversaire de Tian­anmen, le contrôle semble s’être intensifié sur la Toile.

Le régime chinois vient d’annoncer qu’à compter du 1er juillet, tous les ordinateurs vendus dans le pays devront être équipés d’un logiciel de contrôle, qui filtrera automatiquement les sujets malsains, de façon à « créer un environnement harmonieux » sur le Web.

Depuis, les internautes dénoncent une nouvelle offensive de la censure. Ils craignent la mise en place, sur la Toile, du même filet que celui qui bâillonne la presse, qui a officiellement interdiction d’aborder les sujets sensibles. Car toute la question est de savoir ce que recoupent les termes « malsain », « nocif » ou « nuisible » invoqués récemment. Les volontaires chasseront-ils d’autres gibiers que les pornographes  ? La cyberpolice qui doit les encadrer, forte de 30 000 hommes selon certaines sources, ne s’intéresse pas seulement à la pornographie. Pour elle, les sujets malsains touchent aussi à la politique ou aux droits de l’homme, thèmes qui passionnent nombre des 300 millions d’internautes chinois. Depuis 2003, les cybercenseurs se protégeaient derrière un « grand pare-feu » à la fois électronique et humain, qui repousse aussi bien les seins nus que les commentaires « non harmonieux » sur le Tibet ou les émeutes de paysans dans les provinces. Devant la montée en puissance d’Internet, le pare-feu est devenu une passoire. Pour le blogueur et spécialiste d’Internet, Wen Yunchao, cette nouvelle offensive s’inscrit dans le cadre de la propagande  : « C’est typique de l’utilisation des gens progouvernementaux pour lutter contre ceux qui défient l’autorité », dit-il à la presse de Hongkong, seule autorisée à publier des critiques.

Cyber ou non, les volontaires chinois sont un pilier solide du régime. Celui-ci fait régulièrement ­appel à leur fibre patriotique. Pour organiser des Jeux olympiques harmonieux l’année dernière, ou encore occuper la place Tiananmen déguisés en touristes le 4 juin, date du vingtième anniversaire de la répression ­contre le printemps de ­Pékin.

Paru dans Libération du 19/06/2009


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