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samedi 8 novembre 2008 08:57

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Les dégâts de la marine

Chaque vendredi soir, chez TF1, c’est panique à bord : la « Star Ac » boit la tasse face à la série « NCIS » et ses policiers de la Navy, sur M6. Immersion.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

NCIS - DR

Comment monsieur et madame LesboulesdemefairepilertouslesvendredisparNCISsurM6 ont-ils appelé leur fils ? Vous séchez ? Jethro, voyons, parce que « J’ai trop les boules de me faire piler tous les vendredis par NCIS sur M6 ». Jethro, deuxième prénom : Nikos. Comme l’animateur de Star Ac 8, pardon « Staracuite » (houla, ça fuse). Vendredi dernier, les petits chanteurs à la noix de TF1 n’ont réuni que 4,7 millions de durs de la feuille tandis que M6 rassemblait 6,7 millions de personnes, soit tout de même plus de 10% de la population française, devant NCIS. Deux ans déjà que la télé-réalité moyennement musicale de TF1 se fait tailler des croupières, mais cette année, c’est chaque vendredi qu’elle se fait moudre par NCIS. A ce stade, une interrogation : quel est donc ce bijou de télévision qui attire le téléspectateur tel une phalène irrémédiablement séduite par le charme d’une ampoule de 75 watts ? Ben, une série policière américaine, pourquoi ? Allez, on vous explique. Et comment monsieur et madame Delachanced’avoirachetéLibérationaujourd’hui ont-ils appelé leur fils ? Oui, Jethro.

Jethro Riencomprisàcettesérie
Donc Jethro Gibbs (car vous pensiez que c’était une vanne gratuite ?) est le héros, joué par le marmoréen à la limite du parpaing Mark Hamon, de NCIS. Soit Naval Criminal Investigative Service, en clair la police de la marine américaine. Le concept est pointu mais figurez-vous qu’on en est tout de même à la cinquième saison (sur M6), voire à la sixième (sur CBS aux Etats-Unis), et Jethro a toujours autant de boulot, entre des meurtres de marines ou des vols de radar à élucider. Heureusement, Jethro n’est pas seul au NCIS . Dans son équipe, Tony, son adjoint qui fait des blagues ; Ziva, détachée du Mossad et spécialisée en coups de pied dans la gueule ; McGee, un geek ; Ducky, le vieux médecin légiste ; et Abby, qui zyeute les preuves au microcospe. Et qui est gothique. Ah, et ne pas oublier le superlogiciel issu d’un accouplement contre-nature entre Google Maps, Edvige, les Pages jaunes, le fichier de la Sécu, Facebook et la base de données des lecteurs de Télérama, qui vous identifie et localise le suspect en un quart de poil de seconde. Le scénar, c’est toujours le même : un Marine meurt –ou un radar est volé– et 45 minutes plus tard, Jethro a mis le coupable en taule et le radar à sa place.

Bref, un Experts à la sauce pompon ? Pas vraiment, en fait : à côté de la série de M6, celle de TF1, c’est du Jeff Koons. Cheap à la limite du Derrick, ce NCIS : pas esthétique pour un sou, des intrigues pauvrettes, un générique moche qui fait « tsouing tsouing » et se termine par le drapeau américain flottant au vent de la liberté retrouvée grâce Jethro. Surtout, NCIS est drôle. Enfin, à visée humoristique. Il faut dire que le concepteur de NCIS, Donald Bellisario, est un expert de la vanne pourrie puisque, entre autres calamités, on lui doit la série Magnum. Pendant que Jethro dit des trucs super sérieux (« Les médailles n’ont rien à voir avec le courage » ou « Je vais lui parler. De marine à marine »), ses équipiers passent leur temps à faire des blablagues, du style mettre du cirage sur les jumelles du collègue qui, du coup, ressemble à un panda ; ou saboter son fauteuil pour qu’il se retrouve le cul par terre. Hilarant, en effet.

Star Ac 8 - DR

Jethro d’audience
On résume : intrigues pauvrettes, gags lourdingues. Oui, c’est bien là la recette de la formule magique de l’audience du vendredi soir. C’est même tout simplement la meilleure audience de M6 qui, au mois d’octobre, s’est payé le luxe d’aller mordiller les mollets de France 3. Pourtant, c’était pas gagné d’avance, cette histoire : la première saison, diffusée en 2004 sur M6, réunit 3,8 millions de téléspectateurs. Pas mal, mais pas de quoi grimper au Jethro. Dès l’année suivante c’est 5 millions de fidèles qui sont scotchés sur la Six. Et, à partir de 2006, la série ne descend plus au-dessous des 6 millions en moyenne. Cette année, tandis que Star Academy plonge dangereusement vers les 4 millions de téléspectateurs, M6 frôle la barre des 7 millions. Curieux phénomène : au lieu de baisser au fil des saisons, comme le font d’habitude les séries, NCIS gagne de plus en plus d’accros, et c’est vrai aussi aux Etats-Unis. A l’agence médias Carat Expert, qui aide les annonceurs à choisir leurs écrans publicitaires, Sarah Fauvin et Isabelle Vignon, directrices des études, sont formelles : « Il y a un double phénomène. Une véritable usure de Star Academy tandis que NCIS progresse d’année en année. Pourtant, ce n’est pas une série très novatrice, mais c’est un vrai carton. » Aujourd’hui, il n’y a plus que les enfants pour continuer de préférer la télé-réalité musicale de TF1. Résultat : la Une a dû solder ses écrans publicitaires. En vain, expliquent les expertes de chez Carat : « Malgré la baisse des tarifs de Star Academy, c’est NCIS qui a le meilleur rapport qualité-prix pour les annonceurs, et ce sur toutes les cibles. »

Jethro Pascomprispourquoiçamarche
« C’est un phénomène assez rare, avance Christine Bouillet, directrice de la programmation de M6, NCIS ne fait pas beaucoup de buzz mais elle fonctionne et au fil du temps, elle gagne des fidèles : c’est une série under the radar. » Du moins si le radar n’a pas été volé, mais c’est une autre histoire. Le secret de NCIS, selon Bertrand Villegas de l’agence The Wit, qui observe les tendances télévisuelles mondiales, tient à son caractère familial : « C’est une série à partager pour tous les âges, avec des valeurs sûres et rassurantes. Une série sécurisante. » Le casting est d’ailleurs conçu de cette façon : « Gibbs, c’est le père, décrypte Christine Bouillet, Ziva et Tony sont comme des ados qui passent leur temps à se chercher, McGee, c’est le petit dernier, etc. Et puis c’est sans violence, c’est bon esprit, c’est feel good. »

Jethro HontederegarderStarAc
Feel good, feel good…And my ass, is it chicken ? A regarder NCIS, on ne se sent pas mieux, mais plutôt gagné par un profond ennui, en même temps que par l’envie de zapper sur Star Ac. Car Star Ac, même saboté par la suppression de son personnage principal, le château de Dammarie-les-Lys, c’est tout de même l’occasion d’entendre de jeunes talents interpréter des titres éternels de la chanson française, comme Pour un flirt. Oui, mais NCIS, c’est l’occasion d’entendre de belles phrases : « Des corps brisés sont plus faciles à guérir que des esprits cassés. » Oui, mais dans Star Ac, il y a Gautier qui est vraiment très énervant avec sa chanson pour sa coturne Alice : « Viens, je t’emmène au pays des merveilles. » Oui, mais dans NCIS, il y a Abby qui dit : « J’ai envie de faire pipi. » Oui, mais dans Star Ac, Nikos Aliagas, rendu fou de douleur par la méforme de l’émission, a définitivement dévissé, au point de lancer à un jeune chanteur : « Vous n’entendez rien ? Normal, c’est Halloween. » Oui, mais dans NCIS, il y a un type qui est en colère : « Vous avez perdu un radar de plusieurs millions de dollars, c’est sûrement une des plus graves atteintes à la sûreté nationale depuis la guerre froide. » Oui, mais Star Ac est sûrement une des plus graves atteintes au tympan national depuis Claude François. Oui, mais il faut se rendre à l’évidence : NCIS contre Star Ac, c’est ringard qui marche contre ringard qui ne marche plus. Sinon, hein, y a toujours Thalassa.


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