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mercredi 9 avril 2008 08:15

  • cinéma

Les dents de l’amer

Documentaire engagé remettant en cause l’idée que le requin est le pire ennemi de l’homme.

par Guillaume Launay

tags : documentaire , écologie

DR

Les Seigneurs de la mer , de Rob Stewart, 1h30.
Sortie le mercredi 9 avril 2008

Et si le requin était finalement victime d’un délit de sale gueule ? Et si, pour de basses raisons cinématographico-commerciales, Steven Spielberg avait transformé ce poisson « timide et pacifique » en tueur assoiffé de plagistes tranquilles ? Pour Rob Stewart, c’est clair : non seulement les requins sont « les animaux les plus cools du monde », mais en plus, cette mauvaise image les dessert car personne ne veut les protéger, alors qu’ils ne sont pas au mieux. Photographe animalier, ce beau gosse canadien de 27 ans s’est donc lancé dans la réalisation de Sharkwater (en VO), pour prouver au monde entier que le requin est notre ami et qu’il doit le rester car, en tant que prédateur suprême, il gère les grands équilibres entre espèces dans les océans.

Pendant près de cinq ans, Stewart a donc sillonné les mers. Son objectif initial tendait plutôt au documentaire animalier : ça donne la première partie du film, manifeste écolo sous-marin spectaculaire consacré à la réhabilitation de la bestiole. Où l’on découvre sa vie quotidienne, sa nage élégante, son importance écologique et sa modération en tout, notamment en matière d’alimentation. Car qu’on se le dise une fois pour toutes : le requin ne mange pas l’homme. Au pire, il goûte, accidentellement, un pied ou un bras mais la chair humaine, ce n’est pas sa tasse de thé. Les cinq décès constatés annuellement ne seraient dus qu’à des noyades ou des hémorragies liées à ses morsures, jamais à un déchiquetage en règle. D’ailleurs, pointe Rob Stewart, les crocodiles ont tué en un an autant que les requins en un siècle, et le croco, lui, est protégé. Bref, « on a plus de chance d’être tué par un distributeur de sodas que par un requin ».

Au cours de son tournage, Rob Stewart rencontre le capitaine Paul Watson, fondateur de l’association Sea Shepherd, activiste musclé et défenseur de la faune marine. Et c’est en embarquant sur son navire que Stewart donne à la deuxième partie de son film une tout autre tournure, limite polar, genre Michael Moore contre les trafiquants d’ailerons. Car Sea Shepherd traque la pêche illégale de requins, qui se font découper l’aileron sur le pont du navire et sont rejetés ainsi mutilés - et condamnés - à la mer. Là, on ne rigole plus, on passe à l’action. Le Sea Shepherd se livre à une véritable bataille navale avec des braconniers, au large du Costa Rica. Puis, à terre, les militants découvrent l’industrie clandestine du requin, filmant les toits où sèchent des milliers d’ailerons avant d’être expédiés vers l’Asie, où ils sont un mets de choix. Watson et Stewart quitteront précipitamment le pays, où ils étaient menacés de prison.

N’hésitant pas à se mettre en scène, y compris sur son lit d’hôpital (il a contracté une infection à la jambe), Stewart paie de sa personne pour mettre au jour ce trafic et nous exhorter à agir, à travers un commentaire parfois un poil bavard. Les spécialistes estiment que chaque année, 100 millions de requins sont tués pour leurs ailerons, vendus jusqu’à 500 dollars le kilo. Si c’étaient des bébés phoques, ça ne se passerait pas sans doute comme ça.


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