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vendredi 16 février 2007 13:09

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Les enfants du transparent

Fatigués du numérique, des artistes proposent de réhabiliter le rétroprojecteur.

par Marie Lechner

tags : net-art , performance

Performance de Kathrin Bethge, une artiste allemande qui manipule des textures, y compris organique, sous la machine, en musique.

http://www.overheads.org

Télécharger la vidéo de la performance de MikoMikona, le 1er février dans le cadre du festival du film de Rotterdam (Divx, 17,4Mo, 4’02)

Diaporama : The art of the overhead

« Rétroprojo, tu nous as rendu fou, t’étais pas si mal, après tout/ Sur les murs on lisait, ce qu’Ils voulaient nous enseigner, ce qu’Ils voulaient nous prêcher/ C’est fini, maintenant tu es un défunt média, qu’on recherche sur Wikipédia/ Pas même les collectionneurs ne se soucient de toi/ Mais dans ce monde de Powerpoint, tu me manques, mon vieux copain. » Traduction approximative d’un refrain de la chanson Farewell Overhead (« adieu rétroprojecteur »), hymne pop que les performeurs autrichiens Monochrom dédient à ce dinosaure gris qui rythmait la vie scolaire, éclairant nos lanternes sur des sujets aussi divers que « la surpopulation, la photosynthèse, les origines de la vie, le pénis et le vagin... ».

L’usage du rétroprojecteur, développé pendant la Seconde Guerre mondiale, s’est largement répandu dans les écoles et les entreprises à la fin des années 50 et au début des années 60. Aujourd’hui, il a quasi sombré dans l’oubli, remplacé par les vidéoprojecteurs, rejoignant le cimetière en croissance rapide des médias obsolètes. « Pour la plupart des gens, le rétroprojecteur est associé à l’idée d’une technologie pas très sexy, synonyme de présentations ennuyeuses avec cafouillages de transparents », reconnaissent Kristoffer Gansing, visage poupin, et Linda Hilfling, jolie Danoise à la tresse blonde, trente ans chacun. « Pour nous, c’était tout l’inverse, cette technologie rudimentaire de projection nous excitait, elle nous rappelle les lanternes magiques et autres machines à illusion optiques, c’est parfait pour raconter des histoires. »

Les deux jeunes réalisateurs, basés à Copenhague, sont à l’initiative de « The Art of the Overhead » qui souhaite ranimer ce support en incitant des artistes à l’expérimenter. « Dans les années 60, il y avait déjà des spectacles lumineux psychédéliques qui utilisaient les rétroprojecteurs, comme les lightshows de Holy See pour les Grateful Dead. Nous ne voulions pas quelque chose de nostalgique, mais de très contemporain », expliquent-ils. Fatigués des nouveaux médias et de l’imagerie numérique, ils ont lancé un appel à propositions, ouvert à tous, artistes, auteurs de BD, mais aussi politiciens, commerciaux, enseignants, chercheurs... Une trentaine ont répondu, certains ont simplement envoyé des transparents, d’autres ont réalisé des installations ou imaginé des performances lors d’un premier festival qui s’est tenu à Copenhague en 2005.

Kathrin Bethge, artiste allemande, travaille avec un duo de musiciens électroniques, Für diesen Abend. « J’improvise en fonction de la musique, j’imagine des textures qui pourraient l’accompagner, une sorte de film en temps réel, fait main. J’utilise des boules de tapioca, du poivre, de l’huile, de l’eau pétillante, des spiritueux, de l’encre, des plaques de verre avec des textures, un prisme que je manipule, un peu comme une sorcière qui prépare une potion magique, des fois j’écrase des oeufs », rigole-t-elle. Au Festival de Rotterdam, qui a consacré sa soirée du 1er février à l’art du rétroprojecteur, Kathrin a recouvert les murs de ses animations abstraites enchanteresses, jouant avec les ombres, la résolution des images, le flou. « J’aime ce dinosaure, son côté analogique. C’est très physique. Une fois projetées, ces matières bien réelles deviennent abstraites, méconnaissables. »

Ce soir-là officiait également le duo berlinois Mikomikona, qui utilise les rétroprojecteurs comme des instruments de musique, dans une performance fleurant bon l’Op’Art des sixties. Ils superposent et déplacent plusieurs transparents aux motifs géométriques noir et blanc dans d’hypnotiques compositions. Les interférences entre les lignes sont capturées par de petites caméras vidéo fixées au-dessus du miroir, et le signal vidéo est transformé en sons synthétiques. « Le dispositif technique est totalement transparent. Il n’y a pas le côté boîte noire de l’ordinateur, pas de sons préenregistrés. On peut voir comment ça marche, le rétroprojecteur ne cache pas l’illusion, et pourtant ça reste magique », dit l’un des Mikomikona, qui estime que seuls « les enfants des ordinateurs » auraient pu imaginer une telle utilisation.

The Art of the Overhead comporte également une archive avec des transparents classés dans des répertoires qu’on peut saisir et visionner : comme ce projet à partir de portraits collectés sur le Net, découpés en bandes qu’on peut assembler en superposant les feuilles pour créer de nouveaux visages. Ou encore ce plastique froissé et cousu de fil, mimant une bataille entre Rembrandt et Vélasquez. L’artiste finlandaise Päivi Hintsanen recycle son spam, et trie les mots non sollicités (uninvited words) par ordre alphabétique dans d’interminables listes. D’autres proposent de résoudre un labyrinthe, ou de manipuler des transparents transformés en sculpture en trois dimensions.

Christian Faubel a imaginé tout un écosystème : ses Overheadbots, petits robots de gélatine colorés, vivent sous le rétroprojecteur, convertissant la lumière en mouvement et se dandinant aléatoirement sur la plaque de verre, autant de petites taches de couleur en mouvement, rétroprojetés sur les murs.

Le projet le plus conceptuel est celui proposé par Martin Conrads et Ingo Gerken qui ont envoyé une missive au Saint-Siège pour les éclairer sur un sujet délicat. « Etant donné que, depuis 1967, le pape peut donner sa bénédiction par la radio, depuis 1985 par la télévision, et depuis 1995 par Internet, serait-il possible de stocker temporairement une bénédiction sur un transparent puis de la diffuser à l’assemblée par rétroprojection ? » S’ensuit un courrier assez surréaliste avec Radio Vaticana, qui finit par conclure que non, décidément, ce n’est pas possible. Les deux compères ont finalement convaincu un curé catholique allemand qui a accepté de bénir le transparent.

Télécharger la vidéo de la performance de MikoMikona, le 1er février dans le cadre du festival du film de Rotterdam (Divx, 17,4Mo, 4’02)

Diaporama : The art of the overhead


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  • Les enfants du transparent

    19 février 2007 12:41, par Bobby
    Ca me rappel cette video d’un festival au japon, dans le meme esprit : http://www.youtube.com/watch ?v=I6WILrGcyEs (vive internet, j’ai pu la retrouve en 2s :p, et dans le mm style : http://video.google.fr/videosearch ?q=sand+drawing)
  • Les enfants du transparent

    17 février 2007 14:40, par Didier
    Il fallait tout de même acheter les transparents, c’est pas donné un transparent. Par contre il est clair qu’on y a perdu en qualité, la résolution d’un vidéo-projecteur c’est généralement 1024x768, contre du 1200 points par pouces (avec une bonne laser) pour un rétro-projecteur et une feuille A4 ça fait beaucoup de pouces² ! Le pire étant ces vidéo-projecteurs équipés d’une caméra, par exemple pour montrer un objet, ou un document, quelle horreur ! Ah, un beau transparent LaTeX, avec de belles courbes en GNUplot... Bien sûr il fallait avoir terminé sa présentation avant de monter dans l’avion, et ne pas avoir fait d’erreur, et ne pas mélanger ses transparents pour être prêt pour les questions... Voila le rétro est mort, vive le vidéo tout de même, et vive LaTeX toujours (beamer for ever), mais pas vive PowerPoint tout de même (il y a des limites au mauvais gout !).

 

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