jeudi 5 août 2010 10:42
« Les films vont là où ils sont désirés »
par Philippe Azoury
tag : interview
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Les Suisses ont le goût du jeu de mots lacanien : après cinq ans sous l’égide de Frédéric Maire, désormais directeur de la cinémathèque suisse, le 63e festival de Locarno accueille pour directeur artistique Olivier Père. L’un dans l’autre, on y verra le signe inconscient d’une envie de refonder la famille cinéma autour de Locarno et de son lac, où le festival a longtemps brillé avant de devenir, ces dernières décennies, moins apprécié pour ses sélections officielles que pour les talents qui montraient en parallèle leurs premières œuvres. C’est justement au off de Cannes, la Quinzaine des réalisateurs, que Locarno est allé débaucher Olivier Père, 39 ans. Ses six éditions à la tête de la Quinzaine furent un passionnant laboratoire, accueillant aussi bien Coppola (Tetro), que des cinéastes trentenaires et originaux (Lisandro Alonso, Miguel Gomes, Albert Serra). Sous la baguette de Père, ce 63e Locarno, qui dure jusqu’au 14 août, sera donc ausculté comme un tournant. Christophe Honoré, Bruce LaBruce, Ernst Lubitsch, Quentin Dupieux, Jia Zhang-ke, Bertrand Bonello, Jean-Marie Straub, Luc Moullet, Philippe Parreno devraient y aider. La projection, ce soir en ouverture, de l’incandescent Au fond des bois, de Benoît Jacquot, aussi. Entretien. La Quinzaine profitait de la résonance du Festival de Cannes officiel. En revanche, Locarno est un festival plus prestigieux et en même temps plus isolé… A-t-il été plus compliqué d’obtenir des films ?
A quelle conception correspond la refonte des sélections parallèles dans les deux sélections (Compétition et Cinéastes du présent) ?
La Piazza Grande et ses 8 000 places, sorte de théâtre en plein air au cœur de la ville, a semblé être aussi pour vos prédécesseurs une sorte de handicap lié à la dictature du public familial…
La sélection 2010 ?
La rétro Ernst Lubitsch ?
Depuis quatre ans, Locarno a vu les hôtels fermer, avec comme conséquence pour le festival d’énormes problèmes de gestion des invités, du public…
Nous avons aussi créé des « Industry Days », où seront montrés aux acheteurs et distributeurs tous les films les premiers jours, ce minimarché est décisif pour rendre Locarno plus influent. Renseignements : www.pardo.ch Paru dans Libération du 4 août 2010
Durant six ans à la Quinzaine, j’ai tissé des liens que je savais forts. J’avais l’appréhension de me retrouver ici dans une position d’infériorité. Et au final, non : les films vont là où ils sont désirés et il y a des surprises, on s’attendait sans doute plus à voir le Jacquot ou le Honoré à Venise qu’à Locarno.
Je voulais réduire le nombre de films pour leur donner la chance d’être vus par un maximum de festivaliers. Je ne veux pas de cette ghettoïsation entre documentaire, expérimental, film de genre et cinéma populaire. Elle ne correspond plus à rien d’un point de vue cinéphile. Multiplier les sélections, c’est programmer en fonction des attentes supposées d’un public.
C’est justement un lieu de programmation passionnant. Si on pense touristes, glaces, familles, on prend peur. Mais la piazza peut être l’endroit où montrer comment évolue le cinéma de genre : l’Avocat, un polar de Cédric Anger, Rubber, le film hors norme de Quentin Dupieux, Monster, un film gore mais graphiquement superbe, ou Cyrus, comédie américaine loufoque avec John C. Reilly, correspondent à ce que j’ai envie de voir en tant que spectateur.
Un miroir du cinéma contemporain. Avec ses foyers neufs : beaucoup de premiers films roumains et canadiens. La plupart des cinéastes en compétition seront jeunes. Christophe Honoré et Bruce LaBruce apparaissent presque comme des doyens.
Une volonté de renouer avec les grandes rétrospectives patrimoniales qui firent la gloire de Locarno où, encore récemment, fut programmé tout Guitry ou Allan Dwan. Mais il est essentiel de montrer Lubitsch au présent : il se trouve que dans les deux sélections, il y a beaucoup de comédies, donc l’ensemble devrait résonner.
C’est le difficile paradoxe de Locarno : le festival ne cesse de grossir et sa capacité d’accueil a faibli. Cela dépasse mon seul rôle de directeur artistique, mais on se pose collectivement la question. Un projet de maisons du cinéma est en place, on n’en connaît pas encore l’échéance. Pour renouveler le public, il fallait également inventer des lieux de nuit, de fête : c’est fait.
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