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mercredi 13 juin 2007 11:08

  • cinéma

Les hics d’Amérique

Le docu « Kings of the World » questionne les Américains sur l’influence de leur pays.

par Eric Loret

tags : documentaire , politique

DR

Au Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, on devrait ajouter : « Antiaméricanisme : toujours primaire ». Et de fait, pour être antiaméricain, il faudrait savoir ce qu’est l’Amérique, où elle se trouve. On a scrupule à détester tous les Américains quand nos amis le sont, ou qu’on se gave de Vollmann, de Lynch et de Strokes. Etre antiaméricain, c’est donc forcément être primaire. Mais cette remarque de bon sens sert souvent de bélier à un argument moins recommandable, qui est, qu’au motif de ne pas généraliser, on devrait se garder de critiquer en rien l’idéologie libérale (capitaliste est un gros mot, on le sait). Or, comme le fait remarquer une jeune fille noire dans ce documentaire en profondeur, « l’Amérique est indissociable de sa rhétorique » . Ce n’est pas tout à fait comme si elle n’existait pas, puisqu’elle s’est blindée de toutes parts de discours identitaires, dont le fameux « L’Amérique, aimez-la ou quittez-la », slogan adapté en France par Sarkozy. Etant donné d’ailleurs que toute la com’ de ce dernier est piquée là-bas (le serment d’allégeance nationaliste en classe, et cette terrible sophistique totalitaire qui prête des sentiments antinationaux à tous ceux qui critiquent les républicains), le visionnage de Kings of the World devient urgent dans nos parages.

DR

Si l’affiche est un peu pétasse et le titre un peu pétard (on a l’air d’accuser les Américains d’avoir chopé le melon), le film lui-même vaut mieux que cela. A l’automne 2004, trois Français (deux journalistes et une chercheuse en droit) font un tour de l’Ouest, de Los Angeles à Las Vegas en passant par Reno et Winnemucca, pour poser à leurs interlocuteurs de rencontre la question suivante : « Que pensez-vous de l’influence de votre pays sur le reste du monde ? » Les mauvais esprits ricanent déjà : l’Amérique est connue pour ne rien penser d’extérieur à elle-même. Le reste du monde n’est pour elle qu’une déclinaison géante du burger McDo, parfumé à la feta en Grèce et au manioc à Bamako. Quoi de plus normal quand on est soi-même la norme ? Il ne peut dès lors y avoir que des pays conformes, d’autres déviants (l’Irak de Saddam Hussein) et certains en voie de guérison (la France). On connaît cette non-philosophie. Le capitalisme, c’est la réalité. A partir de quoi, ceux qui le critiquent sont des rêveurs ou des saboteurs, et ce sont toujours les autres qui sont « entachés » d’idéologie, puisque le capitalisme, ce n’est pas une idéologie, c’est la vérité. Comme le déclare sans rigoler un croyant interrogé : « La foi est la preuve des choses invisibles. »

Des terroristes tautologiques, nos enquêteurs en rencontrent un paquet. Mais ceux-ci font preuve de plus de subtilité que Michael Moore, laissant les discours se développer, se faire humains, même quand ils sont courtauds. De l’autre côté, le film émeut quand il aborde des démocrates doucement ramollis. L’un d’eux, jeune dans les années 60, rigole jaune, explique qu’ils se sont laissés acheter : « On a une maison, une voiture, tout ce qu’on veut. On n’a pas trop envie que le bateau tangue. » Un aumônier de prison s’attaque au calvinisme qui, dit-il, a réduit la morale à un dilemme manichéen, good contre evil . Une jeune fille démonte le « travailler plus pour gagner plus » qui défie toute logique : « Si on est tous riches, qui va sortir les poubelles ? » Finalement, on se dit qu’on ressemble plus à un démocrate américain qu’à un Français moyen : il y a donc peut-être inspiration à tirer. On voit ainsi une Californienne, électrice démocrate, venue faire du porte-à-porte au Nevada. Elle y croit, va aider les gens à s’inscrire sur les listes électorales dans un bled pas trop favorisé. Au passage, elle leur glisse un mot sur John Kerry. L’alternance sera de bouts de ficelle ou ne sera pas.

Bande-annonce de « Kings of the World »

Kings of the World
Documentaire de Valérie Mitteaux, Anna Pitoun et Rémi Rozié.
1h53
Sortie le 13 juin 2007
www.kingsoftheworldlefilm.com


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