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mardi 7 décembre 2010 12:17

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Les mauvaises herbes du piratage

par Camille Gévaudan

tags : piratage , statistiques

Les pirates professionnels, des « mauvaises herbes » à « éradiquer ». Photo Justin Scott Campbell, CC BY SA

Depuis plusieurs années déjà, le Centre National du Cinéma (CNC) et l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa) co-éditent un « Guide des bonnes pratiques à l’usage des professionnels » pour « combattre la piraterie audiovisuelle ». En dix « commandements », les deux institutions dressent une liste de mesures techniques et logistiques à l’intention des professionnels amenés à manipuler, transporter et posséder des copies de films, pour minimiser le risque de fuites de fichiers de haute qualité vers les réseaux de téléchargement illégal.

Le guide est toujours introduit par un double préambule, dont une partie est rédigée par Véronique Cayla, actuelle présidente du CNC (et future présidente d’Arte France), et l’autre, intitulée « Aide-toi, le ciel t’aidera », par Nicolas Seydoux. L’homme qui flirte avec le conflit d’intérêt en cumulant la présidence de l’Alpa et celle de Gaumont, major du cinéma, s’est montré particulièrement inspiré cette année. La dernière édition du document — novembre 2010 — s’ouvre sur un préambule truffé de délicates métaphores végétales. « La campagne », par exemple, figure un bon vieux temps que Seydoux regrette à l’heure d’Internet, où plus personne ne semble faire preuve de « simple bon sens » : « Plus notre monde évolue technologiquement, plus les hommes et les femmes qui le composent semblent oublier les principes de base que nos grands parents appliquaient systématiquement à la campagne. »

Au cœur de cette nouvelle génération de citoyens irresponsables, Nicolas Seydoux condamne en particulier les traîtres à la profession, présumées sources des fuites de films sur Internet quand ces derniers ne sont pas encore sortis en DVD : « Le professionnel qui, activement ou passivement, a laissé se perpétrer un tel forfait non seulement scie la branche sur laquelle il est assis mais les arbres de la forêt qui font vivre tous ses collègues. »

Dans ce bel effet de zoom rhétorique, de la vaste campagne à la forêt, aux arbres qui la peuplent et aux branches qui les constituent, il finit par isoler le problème à la racine : « La lutte contre la piraterie audiovisuelle (...) ne peut réussir que si ceux qui sont directement concernés par les drames, n’ayons pas peur des mots, qu’elle entraîne non seulement sont passivement solidaires de cette lutte, mais aussi font un minimum d’efforts pour éradiquer en leur sein les mauvaises herbes qui pourraient exister. »

Quelques applications de désherbant aideront donc, aux côtés des protections techniques, des dispositifs de l’Hadopi et des poursuites pénales contre les plus gros téléchargeurs, à combattre le piratage « avant qu’il ne détruise les deux fondements de la création cinématographique : la propriété littéraire et artistique et la chronologie des médias. » Mais l’industrie cinématographique a le temps de voir venir, avant que se réalisent les prédictions apocalyptiques de Seydoux (un peu capillotractées, par ailleurs : comment la propriété littéraire et artistique, qui est une branche du droit, peut-elle être « détruite » par les pirates ?). Selon les derniers chiffres communiqués par le CNC, le nombre d’entrées dans les cinémas français au cours des dix premiers mois de l’année 2010 a progressé de 6,7 % par rapport à la même période en 2009. Et sur les douze derniers mois écoulés (l’année glissante), les 211,71 millions d’entrées enregistrées « constituent une progression de 9,2 % par rapport aux 12 mois précédents. » L’année 2009 était elle-même meilleure que l’année 2008 (+5,7%), qui était meilleure que l’année 2007 (+6,2%). Bref, les Français côtoient de plus en plus le grand écran. Que faut-il à l’Alpa pour qu’elle accepte de reconsidérer son discours sur les liens éventuels entre piratage et santé du cinéma ?

Sur le même sujet :

- Le piratage et ses effets positifs sur l’économie (20/1/2009)


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