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lundi 16 mars 2009 10:24

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Les migrants, nouveaux héros du cinéma

Du Mexicain Iñárritu à l’Anglais Loach, les longs métrages se succèdent sur ce thème.

par Bruno Icher

tags : politique , cinéma d’auteur

Los Bastardos - DR

Avant que Welcome ne provoque les aigreurs que l’on sait, d’autres films, au cours de ces derniers mois, ont abordé de front la question de l’immigration clandestine. Tous, dans des registres différents, racontent l’humiliation et l’arrachement de l’exil, le danger et la peur permanente comme viatique, mais aussi l’inexorable incompréhension entre individus, en pleine confusion des notions de victimes et de persécuteurs.

Parmi ces films, beaucoup viennent d’Amérique où la perméabilité des frontières est depuis longtemps un débat à l’échelle continentale. En février, le saisissant Los Bastardos, du Mexicain Amat Escalante, suivait l’épopée tragiquement banale de deux jeunes hommes à Los Angeles, préférant la condition d’esclaves modernes à la misère de l’autre côté de la frontière. Comme dans un cauchemar, leur voyage s’achevait dans la violence la plus crue. Un autre film mexicain, Sleep Dealers d’Alex Rivera, imaginait un futur terrifiant où les ouvriers, nurses, jardiniers, cuisiniers et autres domestiques de l’Amérique étaient maintenant cantonnés dans de gigantesques usines, enchaînés à des consoles contrôlant des robots à distance.

En janvier, la réalisatrice américaine Courtney Hunt présentait en France Frozen River, récit d’une amitié improbable entre une Blanche paumée vivant dans une caravane et une jeune Indienne de la réserve Mohawk. Pour quelques dollars, elles aidaient des clandestins à franchir la frontière séparant les Etats-Unis du Canada car, pour des laissées pour compte comme elles, c’est l’unique moyen de survivre. En 2006, Babel d’Alejandro González Iñárritu évoquait dans l’un de ses segments l’atmosphère de suspicion paranoïaque entourant tout individu mexicain qui se présente à la frontière, même une paisible vieille dame.

En Europe, le thème est en passe de devenir un genre. Costa-Gavras présentait en février Eden à l’Ouest, l’odyssée en forme de fable tragicomique d’un jeune clandestin qui découvre les contradictions de l’Occident, entre veuleries diverses et aide aussi spontanée qu’inattendue. D’autres réalisateurs, comme les frères Dardenne, ont souvent fait référence à ces situations impossibles qui portent en elles le danger de la barbarie. Comme dans la Promesse, en 1996, dans laquelle le fils d’un trafiquant de travailleurs clandestins s’oppose à son père. Comme dans leur plus récent, le Silence de Lorna, prix du scénario à Cannes en 2008, dans lequel une jeune Albanaise, pour cesser d’être victime, doit se livrer à la pire des trahisons.

En inlassable militant, le Britannique Ken Loach a réalisé un de ses meilleurs films l’an dernier, It’s a Free World, portrait d’une jeune Anglaise fauchée et débrouillarde qui fournit à des employeurs anglais des clandestins ou des immigrants polonais amenés en Angleterre par charters entiers en toute légalité par de respectables hommes d’affaires.

Comme un pont entre Europe et Amérique, la cinéaste belge Chantal Akerman avait réalisé en 2001 un extraordinaire documentaire sur l’une de ces zones désertiques que tentent de traverser les candidats mexicains à l’immigration, en échappant aux groupes armés qui chassent les clandestins. Ça s’appelle De l’autre côté et tout y était dit.

Paru dans Libération du 14 mars 2009


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