vendredi 28 août 2009 12:08
Les mini effets de Nonce
Les cocktails médiatiques à l’heure de la crise.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : TF1
De mémoire de chroniqueur médiatico-mondain (oui, on a eu de l’avancement), c’est du jamais vu. Après le pavillon Dauphine, le théâtre Marigny, et même l’Olympia, TF1 a choisi, pour servir de prestigieux écrin à l’annonce de ses nouveaux programmes, rien moins qu’un cagibi paumé au cœur de son immeuble boulonnais. Alors bon d’accord, le cagibi sert d’ordinaire à recevoir les invités du JT de 20 heures, mais tout de même : on dirait le salon de Mémé installé dans un bloc opératoire. Cette légère odeur de détergent dans les couloirs, ces murs blancs - et d’ailleurs, sur les tables basses, il y a même ses cacahuètes, à Mémé, les molles. Mais bon, avec 60 millions d’euros d’économies à faire, fallait pas s’attendre à ce que Nonce Paolini loue le Stade de France avec concert privé de Johnny en guise d’amuse-gueule. Quoi, mes amuse-gueule ? Qu’est-ce qu’ils ont, mes amuse-gueule ?, entend-on d’ici hurler Nonce. Allez, allez, au moins il fait une conf de rentrée, le Nonce, pas comme Canal + qui a carrément passé son tour. Va donc pour le cagibi, pardon, le « Bar de l’info ». Il vous faudra nous croire sur parole car TF1, plaidant l’exiguïté de la salle, a refusé l’accès au photographe de Libération : moquette taupe, tapis bleu (et ça jure un peu), canapés capitonnés de cuir blanc. Il est tôt encore, alors un serveur propose - dans des chouettes verres ronds et gris - sodas et eaux. Angoisse vite dissipée par le dircom : après la conf, on nous rincera au huitième. Après deux heures de « convivialité », d’« émotion », de « proximité » ainsi que de « dépassement de soi et des apparences », on l’a pas volé, le « cocktail déjeunatoire ». Dans l’ascenseur où deux écrans diffusent TF1 et LCI, un cadre de la Une raconte ses vacances au Kenya : « Je faisais des repérages pour la Ferme Célébrités en Afrique, comme ça, je me fais rembourser mes vacances. » Visiblement, c’était pour rire. Au huitième, c’est le restaurant de TF1, pas la cantoche des employés, et sa terrasse comme une encoche dans la fameuse tour de verre. Là, les yeux du journaliste de presse écrite habitué du jambon plastique-beurre rance vite avalé devant l’écran sale de son ordinateur (c’est beau, on dirait la Petite Fille aux allumettes) s’écarquillent : oh, ici, de mignons canapés où sont assises de délicieuses tranchettes de saumon sauvage ! Oh, là, des gambas délicatement ceintes d’une feuille de basilic et déposées dans le drap léger d’une galette de riz qu’une mini pince à linge noire clôt élégamment ! Et ces fraises rouges et rebondies comme la joue d’un enfançon… « Elle viennent d’un petit producteur du coin, y’a pas mieux », confie Pascal, le cuisinier, du Jean-Pierre Pernaut dans la voix. Nonce Paolini, l’air paterne, taille le bout de gras à l’entrée tandis que les élégantes prennent le soleil sur la terrasse. Quand soudain, un grand coup de vent balaie tout, flûtes de champagne tiède, parasols et attachées de presse. Du haut de la tour de la puissante chaîne, on voit même les feuilles du discours des pontes de TF1 voler au gré du zef.
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