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jeudi 23 octobre 2008 11:10

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Les murs du son

par Marie Lechner

tags : musique , art numérique

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Electroni[k] sur le pavé rennais

Plutôt qu’un festival, Electroni(k) à Rennes se (...)

Ado, il bombait les murs de ses pochoirs signés Stéréo, aujourd’hui, il tague l’espace urbain de discrets graffitis sonores. David Renault, 28 ans, a remisé la bombe aérosol pour se plonger dans la conception de petits modules électroniques émettant de courtes boucles musicales qu’il dissémine dans l’espace public. Une guérilla sonique dont l’idée commence à germer dans les années 1995, lorsque les free parties venues d’Outre-Manche déferlent sur Rennes. « La ville comptait alors de nombreuses friches industrielles, écrin idéal pour cette musique électronique underground, qui exploite pleinement l’architecture des lieux, la dimension acoustique de l’espace. » David se passionne bientôt pour sa frange la plus cérébrale, avec la découverte du label Mille Plateaux, de la musique microscopique d’Alva Noto, l’esthétique « clicks and cuts ». « J’aimais ces sons numériques étranges, explique le plasticien qui cherche alors un moyen de combiner son goût des terrains vagues avec la musique. « Je voulais créer des atmosphères sonores omniprésentes, nomades, d’où cette idée d’audiograffitism. Je cherchais à retrouver cette immédiateté du graffiti, comment faire le son le plus simple, le moins cher et autonome : par exemple, en mettant en contact une pile avec un haut parleur, on obtient des petits cracs électriques », grillons qu’il disperse dans la ville sous le pseudo de Signal Fantôme, en hommage à Scanner.

David commence par bidouiller du vieux matériel hifi, recycle les générateurs de mélodies des cartes postales, et en démontant des gadgets électroniques chinois, finit par découvrir son graal : le circuit imprimé qui va devenir le composant de base de ses modules. « Après cinq ans d’expérimentation, je voulais dépasser le stade du bricolage pour développer une gamme de prototypes prêts à l’emploi, combiner le côté DIY avec le high tech ». Désormais en cheville avec un boite taïwanaise qui le fournit en circuits imprimés customisés, il élabore une série de modules sonores jetables épaulé par Cyril Bernier, musicien et ingénieur en électronique, présentés en ce moment à la galerie Delkographik, à l’occasion du festival Electroni(k). « L’idée, c’est de proposer des supports nomades adapté à différents usages sonores dont le prix n’excède pas celui d’une bombe aérosol. Créer les outils permettant le développement des soundgraffiti. »

Soundevice™comporte un circuit intégré qui permet de stocker des morceaux de 21 à 340 secondes et s’aimante sur les gouttières ou derrière un poteau. « Les tags sont souvent placés dans des endroits inaccessibles, pour être bien en vue et difficiles à effacer. Pareil pour les graffiti sonores, plus ils sont discrets et plus ils durent. » Circuit Sticker, autocollant sonore, exploite les propriétés physiques du lieu, utilisant la surface sur laquelle il s’applique comme caisse de résonance. Sonicube™ est un petit cube en plastique blanc dotée d’un générateur de mélodies et d’un haut parleur très fin. « En associant plusieurs cubes, on obtient un micro soundsystem minimaliste qu’on abandonne dans l’espace urbain. Il diffuse une fréquence aiguë, quasi inaudible, un son sournois qui provoque une sensation de vibration gênante. » Parmi les autres projets en cours, Soundbox™, lecteur mp3 associé à un petit boitier en plastique coloré qu’on trimbale sur soi.

Les graffiti sonores s’inspirent des expérimentations du Graffiti Research Lab, pionnier new-yorkais du graffiti lumineux qui incorpore des circuits électroniques et des diodes électroluminescentes (Led). Parmi leurs inventions, les Throwies, Led fixé à une pile et un aimant qui s’agrippent à n’importe quelle surface métallique, comme autant de lampions multicolores, scintillant jusqu’à ce que leur pile au lithium s’épuise. David Renault devance l’un des reproches communément adressés à ce type de graffitis technologiques : la pollution, prévoyant un programme de recyclage. « J’invite les adeptes à localiser leurs modules sur Google Maps, afin qu’ils puissent être récupérés par d’autres. Ainsi les graffitis sonores seront toujours en circulation, réactivés en permanence. Un moyen aussi de créer une communauté responsable autour de l’appropriation, la circulation et le partage du son. »

L’artiste lance en même temps sur internet son label de musique électroniqueNomadIC (nomad intergrated circuit) dédié à cette pratique, invitant les musiciens, plasticiens du son à explorer les possibles. « Ca ne m’intéresse pas de sortir des CD, la musique est devenue nomade, ubiquiste. On est passé du ghettoblaster aux baladeurs mp3. Les fans de tecktonik improvisent des free parties éphémères dans l’espace urbain avec leur téléphones portables amplifiés. Les graffiti sonores imaginent une forme de musique à la fois signe et signalétique, une sorte de parasitage, de vandalisme audio qui met en valeur l’architecture », explique l’artiste qui espère passer de ces versions bêta à la production de petites séries, d’ici à 2009.

I SND Graffiti, jusqu’au 22 novembre à Delkographik Studio, 28 Place des Lices, Rennes. www.nomadic.fr dans le cadre du festival [Electroni[k]->http://www.electroni-k.org]


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