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jeudi 9 août 2007 10:39

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Les obscurs objets de Buñuel

par Eric Loret

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , culte

« Simon du désert » - DR

La barbe postiche est une valeur sûre. Surtout quand on la colle sur une blonde déguisée en p’tit Jésus, avec bouclettes sulpiciennes et agneau dans les bras, et qu’on lui fait dire : « Pourriture ­rampante dans le ventre de la fille de pute. » Un coup de pied dans l’agneau, qu’est-ce qu’on rigole.

Ce coffret rassemble les deux derniers volets de la trilogie dont Silvia Pinal, alors grande star mexicaine, est l’héroïne. Le premier n’est autre que Viridiana, disponible séparément. Il y a l’Ange exterminateur (1962) et le moins connu Simon du désert (1965), moyen métrage de quarante-cinq minutes très propre à se rouler par terre. Là, un certain Simon fait le stylite barbu et chevelu. Planté sur sa colonne, il n’a rien d’autre à fiche que de se laisser tenter par Satan, incarné par Silvia Pinal. Elle apparaît d’abord en petite fille modèle, en prêtre, puis en Jésus, et même en cercueil mobile.

A chaque fois, le bouc qui sommeille en elle ne peut retenir ni des bordées d’injures hystériques ni sa paire de lolos frétillants. Buñuel se fout grave de la gueule du saint, surexposant sa face de carême sur fond de ciel pieux, au point qu’on pourrait presque lire le film comme une défense sérieuse de la religion, ne connût-on pas le lascar. Simon a des moments de doute, voire d’absence (à force de ne rien becqueter) pendant lesquels il profère des banalités pires que des blasphèmes : « Les bénédictions, c’est une sainte occupation, et c’est amusant. » On apprend au passage quelques particularités intestinales des ascètes, dues à leur « extrême sécheresse ».

Des crottes, il y en a aussi dans les marges de l’Ange exterminateur, sorte de remix étendu de la scène mondaine de l’Age d’or. De très chics invités se retrouvent soudain dans l’incapacité de quitter une soirée, voire carrément le salon où elle s’est déroulée, pendant quatre jours, comme ensorcelés. Les domestiques ont décampé et nos héros jouent les rescapés, privés de nourriture et surtout, de bonnes manières. Heureusement, de mystérieuses portes ouvrent sur les toilettes et un imaginaire de mains coupées jette un éclairage rétrospectif sur les deux premiers films du maître surréaliste.

Coffre Luis Buñuel
Simon du désert et l’Ange exterminateur
Columbia
34 euros


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