jeudi 5 février 2009 11:13
Les perles noires de la Blaxploitation
Sur le thème « Black Revolution », raretés et classiques projetés à Saint-Denis.
par Bruno Icher
tag : festival
Medecine for Melancholy - Photo Barry Jenkins
Black Revolution Cinéma l’Ecran, place du Caquet, Saint-Denis (93).
Il n’est pas certain que le thème retenu par les 9es journées cinématographiques de Saint-Denis aurait eu la même pertinence si John McCain était aujourd’hui installé dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. Mais, puisque Barack Obama y est, tout le monde est bien content de découvrir jusqu’au 10 février, à l’Ecran de Saint-Denis, cette sélection de films et de documentaires regroupés sous la bannière « Black Revolution ». Une occasion inespérée de refaire le chemin qui nous sépare des années 60 et des premières manifestations d’un cinéma noir américain encore spasmodique, alors que la vie politique est rythmée par le combat pour l’abrogation de la ségrégation, Martin Luther King, les émeutes de Watts à Los Angeles ou la naissance des Black Panthers. En l’honneur de l’invité principal, Melvin Van Peebles, les journées se sont ouvertes mercredi avec le classique du maître de la Blaxploitation, son célèbre Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971). Vendredi, il répondra aux questions du public après la projection de Watermelon Man (1970), où son héros, blanc et raciste, se réveille noir un beau matin, de même que samedi après la projection de la Permission (1968), film tourné à Paris sur un GI noir en goguette. A ne pas manquer, samedi soir, Van Peebles présentera son Confessionsofa Ex-Doofus-Itchyfooted Mutha, film vidéo tourné en 2008, dans lequel le vaillant septuagénaire joue son propre rôle. Dans la foulée, le festival propose une nuit Blaxploitation samedi, à partir de 20 h 30, durant laquelle les amateurs pourront s’envoyer d’un trait Shaft de Gordon Parks, Foxy Brown de Jack Hill, le méconnu The Spook Who Sat by the Door d’Ivan Dixon (un Noir infiltre la CIA pour mener une révolution radicale), Gunn la gâchette de Robert Hartford-Davis avec un Jim Brown au sommet de son art musculaire, et enfin, en apothéose, le Casse de l’oncle Tom d’Ossie Davis (1970), l’adaptation la plus branque jamais réalisées de l’œuvre de Chester Himes. Autre invité de marque, Charles Burnett, pionnier du cinéma afro-américain avec Billy Woodberry, Haile Gerima, Larry Clarck ou Julie Dash, tous étudiants à UCLA dans les années 70 et dont le festival projette plusieurs films. Charles Burnett revient à Paris accompagner le bouleversant Killer of Sheep, chronique d’un homme qui gagne sa vie en tuant les moutons à Watts. Il présentera également When it Rains, réalisé en 1995 et inédit en France, de même que The Horse (1973). Dimanche, le cinéaste répondra aux questions du public en compagnie de son vieil ami Billy Woodberry, juste après la projection du superbe (et inédit) Bless Their Little Hearts, film de 1983 sur lequel les deux hommes ont travaillé la main dans la main. Au rayon documentaires, beaucoup d’inédits ou de raretés, comme le Black Panthers d’Agnès Varda, tourné en 1968 ou encore le Eldridge Cleaver, de William Klein, portrait du leader du mouvement obligé de partir en exil en Algérie ; mais aussi quelques moments musicaux d’anthologie, comme Jimi Plays Monterey ou Wattstax, captation du concert de 1972 au Coliseum de Los Angeles. Entre-deux coups de poing à l’estomac, le festival pourra se reposer un peu en allant se refaire quelques classiques illustrant les rarissimes incursions de héros noirs à Hollywood avant les années 60 : le Sergent noir de John Ford, Mirage de la vie de Douglas Sirk ou Stormy Weather d’Andrew L. Stone. Publié dans Libération du 5 février 2009
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