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mercredi 25 février 2009 15:23

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Les petits gars de la narine

Retour documentaire sur les années sanglantes de Miami, lorsque la ville devint une plaque tournante du trafic de cocaïne.

par Philippe Azoury

tag : documentaire

DR

Du milieu des années 70 à la fin des années 80, c’est une véritable tempête de neige qui s’est abattue sur les plages de Miami. Jusque-là, la marina ensoleillée de la Floride était synonyme de havre de paix (comprendre mouroir) pour retraités richissimes. L’esprit d’entreprise de quelques cow-boys, souvent d’anciens convoyeurs de marijuana, en a fait en quelques mois la principale plaque tournante américaine de la coke. Les gars ont commencé timidement, en louant des appartements qui donnaient sur le port, pouvant ainsi réceptionner tranquillement les premières frégates « coke en stock » en provenance de Cuba. Les vieux somnolaient sur leur transat pendant que le marchand de poudre passait. Les revenus de ces pionniers version « les gars de la narine » ont explosé, transformant une bande de ploucs séminaux en de véritables magnats, se douchant dans des magnums de Dom Pérignon, soupant avec des mannequins, cassant « pour rire » la déco des discothèques, laissant en pourboire de quoi racheter deux autres endroits à la mode.

A Miami en 1975, le nadir de la réussite pour un cocoboy était d’engueuler son concessionnaire Ferrari si jamais la gamme de couleurs disponibles du dernier modèle n’était pas tout à fait assortie à sa chemise hawaïenne préférée. A force de jouer à « t’as le look, coco », ces types-là finirent par attirer l’attention de la brigade des stups et surtout celle des gangs du cartel de Medellín. Ces derniers étaient tout aussi flambeurs, mais avec un grain en plus, et surtout bien décidés à leur tondre la laine sur le dos. Vous vous souvenez de la scène à la tronçonneuse à la première demi-heure de Scarface ? Elle est la photocopie exacte d’un certain sens de la concurrence et du commerce en action à Miami à partir de 1978-79, lorsque les choses ont commencé à vraiment s’envenimer entre Cubains, Américains et Colombiens.

Au cœur de cette boucherie, Griselda Blanco. Officiellement honorable mère de famille colombienne, en réalité totale sociopathe. Ancienne prostituée, marraine du trafic de drogue à New York, veuve noire de trois maris qu’elle aurait elle-même fait assassiner, lesbienne notoire, elle ferait passer Pol Pot pour un débutant en BEP charcuterie. Les bras droits de Griselda Blanco étaient alors si défoncés qu’ils traversaient Miami mitraillette au poing avec l’impression farouche de vivre dans une fiction où plus rien n’a de mesure. La loi elle-même devenant un concept flou (et corruptible) et la vie un truc dont on décide d’un coup de carabine, ou d’une bombe.

Miami – c’est tout l’intérêt du documentaire – a pourtant profité d’une façon paradoxale de cette furia droguée  : une partie de l’argent sale a été investie dans l’immobilier, qui connut une poussée spectaculaire se répercutant sur tous les couches sociales de la ville, suivant l’adage bien connu de « quand le bâtiment va, tout va ». Et lorsque le Times, inquiet, fit sa une sur « Miami, paradis perdu », les hôteliers se frottèrent les mains en douce  : dans l’Amérique yuppie, il valait mieux porter l’étiquette de la défonce, des blondes à forte poitrine en maillots fluo, des pailles dans le pif et des yachts décadents que celle, en vigueur jusqu’ici, de l’ennui chez les septuagénaires. Miami a choisi la coke pour se réveiller et Hollywood lui a embrayé le pas. Il n’y avait sans doute pas eu depuis le New York malfamé des années 70 d’endroit magnétisant à ce point la fiction.

Ce document gavé d’interviews et d’archives, qui tel un petit vampire postmoderne reprend les codes esthétiques d’époque (couleurs Fiorucci, montage MTV, moustache Tom Selleck et rock FM à fond), jette toute la lumière sur un incroyable engrenage criminel sans lequel le cinéma n’aurait jamais imaginé le joli nez busqué et surtout très poudré de Michelle Pfeiffer dans Scarface ou les vestes épaulées de Don Johnson dans Miami Vice. C’eut été dommage.

Par ailleurs, la narration de ce Cocaine Cowboys est si speed qu’il faudrait peut-être songer à envoyer d’urgence le monteur en cure de désintox. A moins que ces deux heures compressées pour tenir en une seule séance de cinoche ne soient qu’un alibi pour que Billy Corben finisse de convaincre la HBO de tirer de ça une série sur plusieurs saisons produite par Jerry Bruckheimer et Michael Bay   ?


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