mercredi 5 mars 2008 16:51
Les « pirates » sont sensibles aux avertissements... et aux offres légales
par Astrid Girardeau
tags : téléchargement , piratage , étude , riposte graduée , Royaume-Uni
Selon une étude réalisé par Wiggin, un cabinet lié à l’industrie britannique du disque, pour Entertainment Media Research (1), 70% des internautes anglais interrogés stopperaient le téléchargement illégal s’ils étaient contactés par leur fournisseur d’accès, comme prévue par la loi Olivennes qui devrait être votée en France d’ici l’été. Mais 68% pensent qu’il y a peu de chances qu’ils soient attrapés. Ces dernières semaines, le Royaume-Uni, mais aussi l’Australie, se sont en effet montrés intéressés par le système de riposte graduée préconisé par la mission menée en novembre dernier par Denis Olivennes. Pour rappel, cette mesure prévoit une action en quatre étapes lorsqu’un internaute est repéré pour infraction : un double message d’avertissement de la part de son FAI, la suspension de son abonnement à Internet pendant un mois, puis sa résiliation pendant un an. Le gouvernement britannique « n’a pas le désir ardent de légiférer » indiquait récemment le ministre anglais, Andy Burnham, au Financial Times.
Mais cela pourrait s’accélérer si les FAI et à l’industrie du divertissement ne trouvent pas rapidement de solutions efficaces. Une mesure appuyée par l’étude selon laquelle près de 2/3 des anglais interrogés indiquent qu’ils stopperaient le partage illicite de contenus s’ils recevaient de leur FAI un message d’avertissement ou un appel téléphonique. Un chiffre qui monte à 76,5% chez les adolescents (15-19 ans). Aussi, 62% se disent concernés par les procès relayés par les médias et 66% estiment qu’ils arrêteraient net le téléchargement illégal si le risque de se faire prendre en flagrant délit était plus grand. Mais pour beaucoup, cela tient de la théorie. Un autre chiffre vient en effet nuancer ce succès d’une politique basée sur la peur : 68% estiment qu’il y a très peu de chance qu’ils soient pris. Bizarrement, si ces chiffres sont mis en avant dans le résumé global de l’étude (page 13) et repris par un certain nombre de médias, on n’y trouve pas ceux sur les raisons du piratage, pourtant au moins aussi instructifs (page 207). Tout d’abord, on y lit que 29% des interrogés disent avoir téléchargé des fichiers de musique illégaux (dont 8% régulièrement), et 29% avoir regardé des DVD piratés. A ceux qui avaient déjà piraté, il a ensuite été demandé de donner leur avis sur une série d’opinions. Ainsi, 70% estiment que « les sites légaux n’offrent simplement pas la même gamme que les illégaux » et 64% indiquent qu’ils paieraient pour des offres légales si elles proposaient ce qu’ils recherchent. Selon ces chiffres, le piratage s’expliquerait donc en grande partie par une pénurie de l’offre légale. Une explication qu’on pourrait juger hypocrite, mais pourtant validée par la mise en place des offres de téléchargement de séries télé américaines mises en place par TF1 (Heroes, puis Lost). A noter que le commentaire de l’étude conclue : « si la gratuité est bien sûr la première raison d’un tel piratage, la perception d’un manque de choix sur les sites légaux est un facteur important », alors que les sondés ne sont nulle part interrogés sur la question de la gratuité... Dans un sondage effectué en France en décembre dernier, la majorité des interrogés estimaient également que la chronologie des médias (la sortie simultanée des films en DVD et en VoD, six mois après leur sortie en salles) et l’interopérabilité des contenus étaient des mesures adaptées pour lutter contre le téléchargement illégal. Les études concordent donc à montrer que, pour les utilisateurs, la lutte contre le piratage a deux facettes : la répression et le développement des catalogues d’offres légales sans verrous. Pourtant, dans sa quasi intégralité, le rapport de la mission Olivennes sur
le développement et la protection des œuvres culturelles sur les nouveaux réseaux est consacré à la mise en place de mesures répressives. Sans revenir dans les détails, on rappellera le petit calcul fait par Maurice Ronai révélant que 71% du texte de la mission Olivennes est consacré aux mesures dissuasives techniques et juridiques et 8,7% aux mesures positives destinées à encourager le développement de l’offre légale. (1) Etude réalisée par Wiggin pour Entertainment Media Research sur 1608 anglais âgés de 15 à 54 ans en janvier 2008. L’étude est disponible ici (PDF) Sur le même sujet :
- Piratage : deux avertissements avant les sanctions (07/02/2008)
- Téléchargement illégal : Les Français et les mesures Olivennes (18/12/2007)
- Le rapport Olivennes déchiffré (11/12/2007)
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