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vendredi 13 février 2009 11:42

  • télévision

Les pôles de Carolis jettent un froid

France Télévisions. L’annonce du nouvel organigramme du groupe inquiète les journalistes.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : France Télévisions

Patrick de Carolis - REUTERS

Ne dites plus « entreprise unique ». Pas bien, réducteur. Dites « entreprise commune ». Mieux, plus cool, quasi hippie. C’est ce que s’est échiné mercredi à faire rentrer dans la caboche de ses 600 cadres, réunis à la Mutualité à Paris, le président de France Télévisions. Patrick de Carolis est venu présenter les fondations d’un chantier colossal  : la transformation de la télé publique en une entreprise unique, pardon, commune.

A la poubelle, la quarantaine de filiales et les directeurs d’icelles. A la poubelle, les conventions collectives différentes d’une société à l’autre. Désormais, les 11 000 salariés de la télé publique n’auront plus qu’un employeur  : France Télévisions. Et la réorganisation —  pour laquelle le cabinet Bain & Company est consulté  — tient à la fois du mikado et des dominos. Bref, coton. Là où France Télévisions s’organisait auparavant par chaînes, le groupe va être découpé en sept pôles théma­tiques que dirigeront les actuels patrons des chaînes publiques  : Claude-Yves Robin (France 5) pour le pôle marketing et com, Geneviève Giard (France 3) pour les régions, François Guilbeau (France 2) pour la technologie et la fabrication et ainsi de suite. Aux programmes, aux antennes et à l’information, ­Patrice Duhamel, dont la fonction ne bouge pas d’un iota.

Sous ces éminents chefs de pôle, 31 « coordonnateurs », dont l’identité sera dévoilée la semaine prochaine. Concernant la très sensible question de l’information, les noms circulent déjà, notamment celui d’Arlette Chabot (Carolis devant les cadres a juste parlé de la « coordonnatrice »…) Et là, le bât commence à blesser. L’actuelle directrice de l’info de France 2 chapeauterait en effet les éditions nationales de la Deux et de la Trois. Alors que l’info régionale devrait être confiée à Jérôme Cathala, qui dirige France 3 Sud. Paul Nahon, qui est aujourd’hui à la tête de l’info de France 3, prendrait les magazines d’actualité de France Télévisions, tandis que les sports resteront sous la houlette de Daniel Bilalian.

C’est la scission entre info régionale et nationale ainsi que les fonctions élargies d’Arlette Chabot qui posent problème et ont donné lieu à une AG, hier à France 3, à l’appel de la société des journalistes (SDJ). Dans une « ambiance extrêmement grave », selon un témoin, les journalistes ont fait part de leur « désarroi ». La crainte, raconte l’un d’entre eux, c’est que la scission « coupe le cordon avec les régions ». Plus prosaïquement, explique un autre, « pour le19/20, qui mêle national et régional, on aura deux directions ». L’arrivée d’Arlette Chabot fait également grincer les dents  : « On redoute que ce soit un prélude à la fusion des rédactions. » Ou, du moins, à une uniformisation. La Trois tient à sa singularité  : « Arlette Chabot,assène une journaliste, c’est quelqu’un qui vient de la Deux avec un mépris pour les bouseux de France 3. »

Bref, la nouvelle organisation laisse au mieux dubitatif, au pire déclenche de violentes crises d’urticaire  : « On est entre l’armée mexicaine et l’usine à gaz. On est en train de retricoter tout ce qu’on a détricoté depuis vingt ou trente ans pour revenir à un système très centralisé. Tout ça fleure bon l’ORTF », estime un cadre. Et Bertrand Boyer, président de la SDJ de France 3, de résumer  :« Les desseins du nouvel organigramme ne sont pas clairs et inquiètent, il y a une absence totale de transparence. »

Et de communication, aussi  : les salariés de France Télévisions ont dû se contenter de ce que leur ont rapporté les cadres présents à la réunion de mercredi pour qui la nouvelle organisation n’est pas toujours très claire non plus. « Personne ne sait concrètement comment on va travailler dans les mois qui viennent », gronde une journaliste.

A la présidence de France Télévisions, on feint de s’étonner des critiques  : « Nous l’avons redit aux cadres  : on ne fusionnera pas les rédactions. Et la problématique des éditions régionales et locales n’est pas du tout la même que celles des éditions nationales. »

Un discours qui a aussi été tenu hier par Patrick de Carolis, qui rencontrait les syndicats. Sans convaincre. Car pour les organisations va aussi s’entamer le grand combat de la renégociation des conventions collectives. « Nous n’entendons pas subir un “rabotage”des conventions collectives et des accords d’entreprises existants », a prévenu la CGT. Tandis que Carole Petit, du SNJ, est formelle  : « Les propos de Carolis sur la non-fusion des rédactions ne nous rassurent pas du tout. Notre grande bataille va être celle de l’indépendance et de la convention collective, où les journalistes risquent de laisser des plumes. »

Paru dans Libération du 13 février 2009


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