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mardi 25 novembre 2008 11:27

  • télévision

Les politiques face à la loi

Entretiens avec Didier Mathus (PS), Jean Dionis (Nouveau Centre) et Jean-François Copé (UMP).

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : politique , publicité , France Télévisions , loi sur l’audiovisuel

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Audiovisuel, Sarkozy impose sa loi

L’Assemblée nationale entame aujourd’hui l’examen du projet de loi sur l’audiovisuel sans pub. Les salariés de ses entreprises, en grève, dénoncent les menaces sur le secteur. Les chaînes privées sont les gagnantes de la loi.

Didier Mathus (PS), chargé de l’audiovisuel au Parti Socialiste : « Cette loi est une subvention pour TF1 »

La fin de la pub, c’est une idée de gauche. Pourquoi ne l’avoir jamais mise en place ?
C’est une idée reçue, colportée par la droite. Depuis la privatisation de TF1, aucun de nos programmes n’a prévu la suppression de la pub sur France Télévisions. Si nous ne l’avons pas fait, c’est que nous avons vu que ce n’était pas viable économiquement.

Le PS a-t-il pris la mesure des bouleversements du PAF (paysage audiovisuel français) en cours ?
Oui, on voit bien ce qu’il y a derrière cette loi : c’est une subvention pour TF1 et les [chaînes] privées, comme si on ponctionnait directement la télé publique pour faire plaisir à monsieur Bouygues. C’est emblématique du sarkozysme : monarchiste dans la décision –Sarkozy a décidé ça tout seul suivant l’avis de Bouygues. Et en plus du copinage, un cynisme total et une volonté de puissance, avec la nomination du président de France Télévisions.

Un amendement UMP propose la diffusion de campagnes gouvernementales pendant la pub de TF1...
L’UMP a perdu toute mesure. Ils veulent faire la télé du gouvernement, du pouvoir. C’est un retour en arrière sur trois décennies, où on avait essayé de garantir l’indépendance du service public. C’est étrange cette peur de la télé publique de la part de l’UMP alors que, pourtant, elle n’est pas particulièrement rebelle.

Quels sont vos angles d’attaque pour l’examen ?
Tout ce qui touche à l’indépendance de France Télévisions, à commencer par la nomination et la révocation de son président par l’exécutif. L’indépendance financière, ensuite : rien n’est garanti pour compenser la perte de la publicité. Les cadeaux colossaux à TF1 et aux chaînes privées sous prétexte de directive européenne, je dis bien sous prétexte, parce que la France est un des rares pays à aller aussi loin dans son application. C’est un outil de siphonnage de la pub au profit des chaînes privées et au détriment de la TNT. Aller expliquer qu’on doit 800 millions d’euros (à partir de 2011 et la suppression totale de la pub) pour exaucer le délire du Président, ça a quelque chose de surréaliste vu la situation économique. 800 millions d’euros, c’est le financement des hôpitaux publics ! Ce sont les contribuables qui vont payer : les fournisseurs d’accès à Internet vont reporter la taxe sur les factures.

François Bayrou appelle à une motion de censure. Que répondez-vous ?
Nous n’avons pas encore abordé ce point, mais d’habitude on réserve la motion de censure à des sujets plus généraux. Mais nous avons statué sur un recours au Conseil constitutionnel sur deux points : la légalité des taxes, et aussi le fait qu’en matière de libertés publiques, on ne peut revenir en arrière. Or la nomination et la révocation du président de France Télévisions par l’exécutif nous semblent être un retour en arrière.

Jean Dionus (Nouveau Centre), député du Lot-et-Garonne, maire d’Agen : « Une erreur en cette période de crise »

Vous soutenez la suppression de la publicité mais pas le financement proposé par le gouvernement. Quelle est la logique ?
L’idée de supprimer la publicité sur France Télévisions est intéressante. Elle était d’ailleurs dans la plateforme présidentielle de François Bayrou en 2002. Ce n’est pas une idée qui nous effraie, mais le faire maintenant c’est commettre une énorme erreur de calendrier. Même des gens comme Edouard Balladur, qu’on ne peut pas soupçonner d’antisarkozysme, le disent. Remplacer la pub par deux taxes un peu exotiques serait une erreur en cette période de crise, et ce alors que l’Etat affiche un déficit de 52 milliards d’euros.

Dans un premier temps, nous demandons le report de la suppression au 1er janvier 2012, quand on y verra plus clair, quand on sera sorti de la crise. Dans un deuxième temps, mais c’est un message de repli car là encore ce serait une erreur manifeste, si jamais on voulait la supprimer tout de suite, alors trouvons un financement pérenne et légitime. Car les taxes non affectées comme celles qui sont prévues dans le projet de loi, c’est faire peser une très sérieuse hypothèque sur l’audiovisuel public. Une taxe non affectée se perd très vite dans le puits sans fonds du budget de l’Etat. Un financement pérenne, c’est la redevance. Un financement légitime qu’on accepte, c’est aussi la redevance. De plus, ces deux taxes sont contestables : aller taxer un secteur de croissance, c’est antiéconomique.

Du coup, le Nouveau Centre va-t-il aller jusqu’à voter contre la loi ?
Je n’ai jamais vu au sein du Nouveau Centre une opposition aussi forte contre un texte, ou du moins une partie d’un texte. S’il n’y a pas de modification substantielle de la partie financement de la loi, nous ne pourrons pas voter ce texte.

François Bayrou en appelle à une motion de censure. Vous en êtes ?
François Bayrou a fait de la nomination du président de France Télévisions par l’exécutif un point de rupture. Ce n’est pas notre sujet ; notre préoccupation, c’est le financement qui ne tient pas la route.

Vous soutenez un élargissement de la redevance aux résidences secondaires et aux détenteurs d’ordinateurs. Là encore vous allez à l’encontre de la ligne élyséenne...
Attention, les gens qui payent déjà la redevance ne paieraient pas une deuxième fois s’ils possèdent un ordinateur... Il s’agit que ceux qui déclarent ne pas payer la redevance alors qu’ils sont abonnés à un fournisseur d’accès à Internet y soient assujettis. Pour l’instant, ça représente une niche d’environ 20 millions d’euros mais ça va devenir beaucoup plus important.

Jean-François Copé (UMP), rappoteur de la loi : « Donnons sa chance au produit »

Expliquez-nous par quel miracle ce projet de loi peut renforcer France Télévisions...
Ce n’est pas un miracle, c’est une ambition comme la télévision publique n’en a pas eu depuis 1986, et qui doit faire de France Télévisions un modèle de télévision publique en Europe. Et ce grâce à trois éléments. Le développement d’un nouveau modèle culturel d’abord. C’est l’idée de créer un média global avec des synergies puissantes entre les chaînes, la télé mobile et le Web. Ensuite, on rénove complètement le modèle de financement en remplaçant un marché publicitaire dépressif par un financement pérenne et dynamique, celui des opérateurs de téléphonie et d’Internet en plus des télés privées. Enfin on transforme la gouvernance en créant l’entreprise unique : là où on avait 49 sociétés, on va avoir une entreprise unique dirigée par le président de France Télévisions, qui ne sera plus un simple coordinateur. Et c’est un texte qui va permettre aux Français d’avoir des soirées télé de qualité dès 20 h 30 et sans pub. Comme le dit le film La vérité si je mens, « donnons sa chance au produit » !

Vous venez de diviser par deux par la taxe des chaînes privées. Encore un cadeau à TF1 ?
Non. Le taux de la taxe est inchangé, sauf en cas de circonstances exceptionnelles comme c’est le cas actuellement avec la crise. Nous avons décidé d’être justes  : cette taxe sera modulée les premières années si les chaînes privées ne bénéficient pas autant qu’espéré du report de la pub. Et cessons d’opposer chaînes privées et publiques  : notre ambition, c’est de renforcer tout l’audiovisuel.

Taxe divisée par deux, donc, taxe progressive pour les télécoms... Qui va payer la différence ?
Restons calmes ! France Télévisions ne va pas perdre un euro. L’Etat a garanti la compensation et les 450 millions d’euros sont déjà inscrits dans la loi de finances. Et puis relativisons le coût pour l’Etat : ces éventuelles modulations, elles portent sur 40 millions d’euros maximum par an alors qu’en ce moment, on parle de milliards avec les fonds souverains...

Dépendance financière, dépendance via la nomination du président. C’est une véritable reprise en main de la télé publique que vous pratiquez là...
Ça, c’est ce qu’on dit à Libération ! Sur le financement, il n’y a aucune mainmise, au contraire : France Télévisions sera beaucoup plus indépendante de la loi du marché. On remplace des ressources publicitaires aléatoires par des ressources publiques pérennes. Quant à la nomination du président de France Télévisions, il y aura deux verrous forts, avec la nécessité d’un avis conforme du CSA et des deux assemblées. Et puis, si les lignes éditoriales des JT de la télévision publique étaient toujours conformes aux idées du président de la République, cela se saurait...


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