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lundi 7 décembre 2009 11:05

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Les prix plume du match des « box »

par Catherine Maussion

tags : Free , Numericable

Dessin Rocco

A ma gauche, la belle Alice qui se déshabille avec une offre Internet à prix cassé, à 19,99 euros par mois. À ma droite, Numericable, un poil moins chère, à 19,90 euros. Le nouveau standard pour une offre triple play : Internet, télévision, téléphone. Et une nouvelle passe d’armes en vue sur le marché très concurrentiel du haut débit.

Ce dimanche, si le site n’a pas de ratés, on pourra souscrire à l’offre de Numericable. Erreur de marketing ? L’offre avait été dévoilée dès la mi-septembre. Ce qui a donné tout le temps à Iliad, le papa de Free, qui a acheté il y a un an le fournisseur d’accès Alice, de préparer la riposte et de dégainer son AliceBox Initial, commercialisée depuis mardi, au nez de Numericable. Free, qui a imposé il y a dix ans sa loi, avec le forfait tout compris à 30 euros, devra toutefois rester dans les clous du droit : selon le site des Echos, l’UFC-Que choisir l’a assigné vendredi devant le TGI pour des clauses opaques dans ses contrats.

Mais revenons à l’offre du jour, Iliad comme Numericable ont de (bonnes ?) raisons d’attaquer ainsi le marché. Iliad, depuis l’emplette de la blonde Alice, est à la peine pour recruter. La belle mécanique de Free, qui a longtemps devancé ses concurrents, est un peu grippée. Le fournisseur émarge à la quatrième place seulement au dernier trimestre, coiffé par SFR, Orange et même Bouygues, tout juste débarqué sur le marché du haut débit.

S’y ajoute un petit calvaire : la base des abonnés Alice (850 000 en août 2008) fuit comme un panier percé. Numericable, champion du très haut débit, patine lui aussi sur le triple play, avec 1 million d’abonnés seulement après plusieurs années d’effort. En France, le haut débit arrive à un point de saturation, avec 18 675 millions de foyers convertis (câble inclus). Encore soutenue l’an dernier, l’allure faiblit chaque trimestre. La crise et le pouvoir d’achat en berne refrènent encore les envies. En quelques mois, le rythme annuel a dégringolé de 18% à 12%. D’où l’espoir de faire repartir les souscriptions en cassant les prix. C’est ce que dit Olivier Gravelle, le directeur marketing d’Alice : « Notre cible, ce sont les 8 millions de foyers qui ne sont pas encore passés au haut débit. »

Le tarif low-cost est-il pour autant du triple play au rabais ? C’est ce que serinent les concurrents restés calés sur du 30 euros. L’offre télé ? Guère plus que les 18 chaînes de la TNT, agrémentées de stations locales. Ce que tout un chacun reçoit, pour peu qu’il habite dans une zone de réception de la TNT. Au lieu de triple play, persifle un concurrent, il serait plus correct de parler de double play. « Mais, avec nous, elles sont en qualité haute définition », rétorque-t-on chez Numericable qui avance les 100 mégabits de débit sur sa fibre optique. Côté téléphone, l’offre est un peu rabotée avec, chez Free, soixante destinations gratuites vers les fixes à l’étranger, contre 100 dans l’offre actuelle.

La « box » ? Celle d’Alice serait un recyclage des anciennes Freebox. Olivier Gravelle ne confirme pas, mais c’est un secret de polichinelle : chez ce Rapetout de Free, rien ne se perd, tout se récupère. Les abonnés le savent, obligés de retourner leur box s’ils veulent en changer ou résilier leur contrat.

A les entendre l’un comme l’autre, la drague à l’aide d’un petit prix n’aurait aucun effet pervers. Est-ce bien sûr ? Jusqu’à présent, celui qui se moquait un peu de la télé était obligé de débourser 30 euros pour avoir du haut débit correct. A présent, 20 euros suffisent. D’où le risque de voir migrer vers ces offres les abonnés actuels. De fait, en pianotant sur le site de Free, on découvre très vite qu’on peut choisir Alice Initial, même abonné chez l’opérateur.

Pour freiner le rétropédalage, il y a, certes, des frais : 40 euros pour élire Alice, auquel il faut ajouter jusqu’à 96 euros pour divorcer de Free. Cela peut dissuader dans un premier temps. Par ailleurs, l’offre à 20 euros est réservée aux zones denses, c’est-à-dire dégroupées.

Les concurrents restés au standard du triple play à 30 euros regardent de près les deux initiatives. « Ce n’est pas idiot de se poser la question de l’entrée de gamme », dit-on chez SFR, même si on souligne que l’opérateur, en tête pour le recrutement, n’a pas besoin de moteur pour doper les abonnements. Orange est sans doute davantage exposé. Ses offres demeurent les plus chères - 45 euros pour une offre triple play équivalente à celle de ses concurrents - mais, paradoxalement, c’est le plus coincé, position dominante oblige : « Si on baisse nos prix, on peut se faire taper sur les doigts [par le régulateur, ndlr] ! » S’y ajoute un second péril : que les abonnés au seul téléphone fixe via le bon vieux France Télécom (16 euros par mois) résilient leur abonnement, et optent pour l’offre bradée, juste pour passer gratos leurs coups de fil, en France et même vers l’étranger.

Paru dans Libération du 5 décembre 2009


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