jeudi 14 mai 2009 16:08
Les produits contrefaits traqués sur Internet
Le gouvernement dispose depuis février de Cyberdouane, service d’investigation spécialisé.
par Christophe Alix
C’est un open space, comme il en existe des milliers, à deux pas de la Bastille. Des bureaux sans papier qui se résument à un ordinateur devant lesquels des salariés studieux pianotent toute la sainte journée. Bienvenue dans le centre névralgique de Cyberdouane, 15 agents dont 8 «analystes du renseignement» et 7 enquêteurs. Inauguré en février par le ministre de tutelle des douanes, Eric Woerth, ce service est le nouveau bras connecté de l’Etat dans la lutte contre la contrefaçon qui explose depuis trois ans sur le Web. Ici les investigations (plus de 300 déjà lancées) se font à coups de veille sur des mots-clés. «On procède classiquement, explique un enquêteur, chaque enquête est comme une énorme pelote de laine sauf que les fils sont éparpillés aux quatre coins de la Toile.» Par exemple, des suspects ont été localisés virtuellement sur un site de Hongkong qu’il aura fallu plusieurs semaines et quelques milliers de clics pour débusquer.
Alors que la contrefaçon via Internet par fret express ou postal ne représentait que 1 % des saisies en 2005, elle s’élève à 10 % aujourd’hui, surtout en provenance d’Asie, Chine en tête. Plus de 600 000 articles commandés via le Web ont été saisis en 2008 contre 240 000 en 2007, une progression de plus de 100 %. Nouveauté, ce marché est extrêmement fractionné : sur le Net, les contrefaçons peuvent s’acheminer à l’unité, faux Vuitton après faux Vuitton, cartouche après cartouche de cigarettes. Avec le développement des réseaux, les frontières physiques et «napoléoniennes» comme on dit aux douanes s’effacent au profit de nouvelles «frontières logistiques» comme les appelle Jérôme Fournel, le patron de cette administration. D’où la stratégie des douanes d’être de plus en plus présentes chez les achemineurs – involontaires – d’une contrefaçon qui représente à l’échelle de la planète un manque à gagner de près de 150 milliards d’euros pour les entreprises. La douane dispose de bureaux à La Poste et chez les expressistes comme Federal Express ou DHL et multiplie les partenariats avec les enseignes d’e-commerce comme Priceminister et peut-être bientôt eBay. L’objectif du gouvernement en 2009 est de doubler le nombre d’enquêtes résolues. Au vu de l’explosion du phénomène, cela ne devrait pas être très difficile. Paru dans Libération du 14 mai 2009
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