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mercredi 5 septembre 2012 19:08

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Copyright : Aïe, robot !

par Sophian Fanen

tags : droit d’auteur , streaming

Ne vous fiez pas à ce robot. Photo JohnGreenaway CC BY.

Après l’épisode Bruce Willis contre Apple, l’Internet est-il en train de basculer dans le monde de Robocop, où des robots complètement fous tirent sur tout ce qui bouge sans distinction au nom d’une certaine vision du droit d’auteur ?

Dimanche soir, le flux Ustream de la cérémonie des Hugo Awards, qui récompensent chaque année depuis 1953 les créations dans le domaine de la science fiction, a été brutalement suspendu pour « infraction au copyright ». À ce moment-là, l’auteur américain Neil Gaiman recevait un prix pour son scénario d’un épisode de la série britannique Doctor Who, juste après la diffusion d’un extrait de la même série à ses débuts dans les années 1960.

 

 

Et là, c’est le drame. Vobile, le système de détection automatique de contenu protégé par un copyright utilisé par Ustream sur son réseau, a repéré la séquence de Doctor Who, qu’il considère comme diffusée illégalement, et décidé de tuer le flux de la cérémonie. Une décision incompréhensible pour les organisateurs, qui selon le site iO9 avaient négocié la séquence directement avec l’éditeur de la série télé. De plus, la diffusion de courtes séquences de contenu protégé par un copyright pendant une cérémonie publique rentre dans le cadre du fair use, une série d’exceptions qui régissent le système américain de la propriété intellectuelle.

 

 

Mais ça, Vobile ne le sait pas. Le programme se contente de cibler machinalement les œuvres qu’il est censé protéger. Comme l’explique son argumentaire commercial en ligne, « Vobile propose [un] programme qui permet à ses clients [...] d’identifier, mesurer et gérer l’utilisation de contenu numérique dans l’univers numérique en pleine expansion, [c’est-à-dire] de contrôler le contenu émis par toute source, sur n’importe quelle plateforme ou matériel mobile. »

 

Le fonctionnement de Vobile tel qu’il est schématisé sur le site de l’entreprise.

 

Techniquement, il s’agit d’un système très discret qu’on commence à avoir l’habitude de croiser en ligne, similaire au Content ID de YouTube. Une base de données est alimentée par les œuvres qui doivent être protégées (« vidéo, audio, photo »), auxquelles une empreinte digitale unique est attribuée, en plus de métadonnées précises. Le réseau est ensuite scanné par des robots renifleurs, qui vont viser toute diffusion non autorisée des œuvres.

On en est aujourd’hui aux balbutiements de cette technique, qui pourrait toutefois dans un avenir proche venir menacer directement les échanges entre internautes. Au Japon, les discussions sur la nouvelle loi sur le copyright, qui entrera en vigueur en octobre, ont ainsi vu la Recording Industry Association of Japan (Riaj) évoquer l’utilisation d’un service similaire, baptisé Fluzo, pour chasser le contenu échangé hors du cadre souhaité par les ayants droit. En Europe, les discussions sur l’application de la directive Ipred sur la protection de la propriété intellectuelle avaient aussi évoqué entre 2004 et 2006 « la mise en place de dispositifs d’empreintes qui constituent un moyen intéressant de contribuer à lutter contre le piratage ». Le projet n’a jamais été mis en œuvre, mais il reste d’actualité, avec toutes les menaces sur la liberté d’expression et de circulation de la culture que cela implique.

L’affaire des Hugo Awards est dans ce domaine évocatrice des abus que peut facilement entraîner l’utilisation de robots bêtes et méchants déconnectés de tout cadre judiciaire. Ustream en a d’ailleurs bien conscience et s’est excusé de ce gros raté par la voix de son patron, Brad Hunstable. « Notre équipe a presque immédiatement remarqué un flot de messages furieux sur Twitter et a tenté de rétablir la diffusion, a-t-il dit. Malheureusement, nous n’avons pas été en mesure de lever l’interdiction avant la fin de la cérémonie. [...] Notre système fonctionne de cette façon afin de permettre à un nombre important de diffuseurs d’utiliser notre plateforme gratuite. Les utilisateurs de notre service payant — sans publicité — et les diffuseurs non-payants qui nous informent à l’avance qu’ils disposent des autorisations des auteurs sont automatiquement placés sur une liste blanche afin d’éviter des situations comme celle-ci. »

 

 

En conséquence, Ustream a « suspendu l’utilisation de [Vobile] jusqu’à ce que nous soyons en mesure de mieux équilibrer les besoins des diffuseurs, des téléspectateurs, et les détenteurs de droits d’auteur. Tandis que nous nous engageons à protéger le droit d’auteur, nous devons absolument nous assurer que notre plateforme [...] permet aux diffuseurs d’événements et de spectacles légitimes d’utiliser Ustream. »

Quelque chose nous dit que cet épisode n’est pas le dernier du genre.

— 

Mise à jour le 6 septembre à 11h :

Un problème similaire bloque le flux officiel de l’intervention de Michelle Obama lors de la Convention démocrate. Comme l’a expliqué Google, le live stream n’a pas été bloqué pour infraction au copyright, mais la lecture de la vidéo est bloquée depuis... La musique qui servait de fond sonore à la femme du président américain est visiblement en cause. Le discours est néanmoins visible sans souci ailleurs sur YouTube.

 


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