lundi 25 janvier 2010 10:38
Les trois âges
Maximonstres, niveau pour gonzesse et Bayonetta, une semaine baroque.
par Olivier Séguret
Max et les Maximonstres, le jeu - DR
La semaine d’un gamer ? Absurde, irréelle parfois. Elle a commencé avec cette question saugrenue : fallait-il choisir le niveau appelé « Pour les gonzesses » dans Army of Two, le 40e jour ? C’était à la fois révoltant et tentant, mais l’ami Stan a catégoriquement refusé. Et comme c’est un jeu dont l’intérêt majeur est qu’il se pratique à deux, c’est d’un accord commun que fut choisi le niveau supérieur, « Tu te prends pour un héros ou quoi ? » ou quelque chose comme ça. Sous ses airs de pure brutalité bourrue, Army of Two (Electronic Arts) est un jeu assez amusant et inoffensif, qui semble taillé pour éprouver la testostérone des adolescents, leur faire dire des grossièretés de temps en temps, les humilier aussi, mais rarement, en leur faisant payer ça et là leurs faiblesses inévitables. Le mode deux joueurs, vraiment adapté et subtil, est conçu pour répondre aussi au besoin de camaraderie et aux premières angoisses liées à la solitude qui caractérisent l’âge ado. Qu’en est-il de l’âge enfant ? Le jeu adapté du film de Spike Jonze, Max et les Maximonstres (Warner Interactive), offre une réponse qui n’est pas mièvre : l’enfant est un roi solitaire, apatride et exilé, qui rêve d’être adopté par les monstres que son imaginaire maladif a créés. Sous cette immense ambition poétique, se cache un petit jeu charmant même si ridiculement court. Il permet en quelque sorte de détourner notre impatience à propos de The Last Guardian, le grand jeu de monstre et d’enfance qui nous arrivera, espère-t-on, à la fin de cette année. Reste l’âge adulte. En cette semaine baroque, c’est Bayonetta qui l’a incarné. Parmi les innombrables tours de force de cette production d’Hideki Kamiya (Sega-Platinum Games), il y a ce coup d’éclat : offrir, dans un virtuose bouquet de générosité gamer, la distance, l’ironie, le second degré indispensable à un bon divertissement adulte de cet ordre. Saphique, clinquant, provocateur, Bayonetta est de ces jeux qui font mûrir d’un coup tout une génération de gamers, préparant ainsi le terrain à une indispensable évolution. Paru dans Libération du 23/01/10
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