Librement inadapté
par Olivier Séguret
tag : blockbuster
Et Titanic ? Oui Titanic : pourquoi n’y a-t-il jamais eu de jeu vidéo adapté du plus grand succès de l’histoire du cinéma ? On constate chaque jour le pillage du patrimoine ciné par la voracité ogresque du jeu mais on devrait aussi s’attarder sur ce qui échappe encore à cet ogre et qui donnerait des informations sur ce qui le distingue, et le rapporte à une singularité qui reste hermétique à tout, y compris au cinéma. Dans le cas de Titanic, personne ne s’est jamais étonné de ne pas le voir traduit dans la langue des manettes parce tout le monde devine confusément pourquoi : malgré sa dimension spectaculaire, c’est un film d’action sentimentale, dont le héros meurt à la fin. D’une certaine façon, Titanic est trop romantique et, à l’époque de sa sortie il y a douze ans, le jeu vidéo était trop enfantin pour ne pas rougir devant un tel défi aux sentiments. Ce serait peut-être différent aujourd’hui. On pourrait imaginer une version un peu littéraire sur DS ou iPhone, visant un public moins ado et plus féminin. Le jeu, comme son public, a mûri, le romantisme n’en est plus exclu, même s’il s’exprime plus souvent dans des créations indépendantes (Flower) que dans les grosses machineries mainstream, encore que certains tableaux de Zelda ou de Final Fantasy y voyagent. Quand il s’agit de sa propre éducation sentimentale, le jeu ne semble pas avoir besoin du cinéma. Il conduit pas à pas, historiquement, son propre apprentissage des choses de l’amour. Il en invente les formes spécifiques et les contenus dédiés, contextuels à sa propre croissance. Comme tout organisme vivant. Et Inglourious Basterds, le grand carton tarantinesque de cette saison, pas de jeu vidéo non plus ? Il reste de nombreuses zones de non-contact entre le jeu et le cinéma, particulièrement dans le très large champ de la comédie. Là encore, il y a longtemps que le jeu a produit sa propre grammaire comique, à commencer par le parfois irrésistible Mario, mais les choses sont plus compliquées dès qu’il s’agit d’ironie, de second degré, de transgression. Le titre de cette rentrée le plus proche du film de Tarantino, c’est bien sûr Wolfenstein, qui enseigne l’art, et avouons-le, le plaisir, de massacrer des hordes de nazis. Pas besoin de jeu pour Tarantino : il est l’un des très rares à réussir le cross over entre cinéphiles et gamers et il les comble équitablement. Peut-être bien une des clefs de son très grand succès.
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