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mardi 7 septembre 2010 10:09

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« Limbo », mourir encore

par Erwan Cario

tag : xbox

DR

Limbo à télécharger sur le Xbox Live Arcade, 14,40 euros.

Le petit garçon se réveille au milieu d’une forêt. Il fait sombre. On ne distingue que les formes. Lorsqu’on ne voit que les ombres, tout devient menaçant. Et ce ne sont pas les quelques petits bruits qui réussissent à interrompre ce lourd silence qui vont nous rassurer. On ne sait pas ce qu’il fait là. Lui n’a pas l’air beaucoup plus avancé. Mais il ne peut pas rester là. Il faut avancer.

Il se met à courir, et le bruit de ses pas résonne. Le périple ne s’annonce pas de tout repos. Il doit déjà sauter d’un tronc d’arbre, glisser le long d’une pente abrupte et même - il n’a pas le choix, c’est la seule solution -, descendre le long d’une corde. Mais le petit garçon est courageux. Il n’hésite même pas à rentrer dans cette grotte, ni à monter sur ce petit bateau pour franchir une étendue d’eau. Ce n’est pas si difficile, il devrait s’en sortir. Il court tout simplement dans l’herbe, comme s’il était sûr de son objectif. Quand les deux mâchoires d’un piège à ours se referment sur lui et le décapitent dans un terrifiant fracas mécanique.

Le concept du die and retry (mourir et recommencer) est bien connu. Il a longtemps été la norme, avant que les mécanismes de jeu évoluent pour devenir plus accessibles. Dans Limbo, on meurt souvent (écrasé, empalé, noyé, empoisonné, etc.), et on recommence à chaque fois sans attendre. Mais cette première mort est différente, presque inévitable, le piège étant invisible aux yeux inexpérimentés. Elle rappelle plutôt la trappe située au début du jeu Alone in the Dark, sorti en 1992. Rien n’indiquait le piège et le joueur ne pouvait que se faire prendre et voir son personnage mourir. Frédérick Raynal, à l’origine du titre, a expliqué depuis que c’était volontaire. Il l’avait fait pour que le joueur ne se sente jamais en sécurité. Et dans Limbo, ça fonctionne parfaitement. Et même si on finit par s’attendre à tout, on est sans cesse surpris.

Limbo s’impose d’abord par ses choix graphiques radicaux. Tout en ombres chinoises et en noir et blanc du début à la fin. Et le résultat est sublime. En deux dimensions, c’est un jeu de plateformes, où chaque passage ressemble à une énigme. Un peu de jugeote, et de timing, et chaque situation se résout logiquement. Après deux ou trois décès tragiques, cela va sans dire. Et si le jeu en lui-même n’est pas bien long (comptez trois ou quatre heures), le studio danois Playdead ne se repose jamais sur ses lauriers et propose constamment des situations et des pièges inédits au pauvre gamin.

Après avoir gagné les prix de l’excellence visuelle et technique du dernier Independant Games Festival, événement devenu depuis quelques années incontournable pour dénicher les perles de la scène indépendante du jeu vidéo, Limbo était attendu depuis déjà quelques mois. Il fait très justement partie de l’exigeante sélection estivale « Summer of Arcade » du Xbox Live qui avait accueilli, il y a deux ans, le petit joyau Braid, au parcours similaire.

Il en est où, d’ailleurs, le marmot monochrome ? Ah, il vient de se faire transpercer par la patte acérée d’une araignée géante. Essaie encore.

Paru dans Libération du 6 septembre 2010


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