jeudi 14 janvier 2010 18:14
Lionel Jospin, l’austère à terre
par Isabelle Hanne
tags : documentaire , France 2
Lionel Jospin, Claude Estier, Daniel Vaillant, Bertrand Delanoë. Photo Pascal Lebrun
Lionel raconte Jospin
réalisé par Patrick Rotman
« Engagements » (1/2)
France 2, ce soir à 22h35.
Sûr que Patrick Rotman ne choisit pas au pif les intros de ses portraits politiques. Son Chirac (1) s’ouvrait sur les images d’un soir de 1995, le nouveau Président dans sa Citroën lancée à toute berzingue vers l’Elysée. Celui de Mitterrand (2), par l’hommage solennel et grandiose - Notre-Dame et chefs d’Etat du monde entier - qui lui était rendu le jour de ses obsèques. Son Jospin, lui, commence par le discours de défaite de l’ex-Premier ministre socialiste au soir du 21 avril 2002, où il annonce son retrait de la vie politique et endosse l’entière responsabilité de l’échec. On y croit : Lionel raconte Jospin sera le portrait d’un loser magnifique, à la première personne du singulier, avec mea-culpa, coups de griffes et confidences. Raté. Ce portrait est à l’image du bonhomme : austère, comme un mode d’emploi de cuit vapeur. Car contrairement aux deux précédents, pour ce docu, ni témoignages de proches ou d’ennemis vachards, ni de voix off acerbe et éclairante. Rotman a choisi « l’auto-récit » nourri par 20 heures d’entretiens menés par le journaliste Pierre Favier et le réalisateur. Et la pitance est maigre. Patrick Rotman nous avait servi du Mitterrand fourbe et dissimulateur, et du Chirac grand escogriffe et fin tacticien, dans des portraits corrosifs et savoureux. Ici, on nous promettait du Lionel, on n’y a vu que du Jospin. En introduction, la très rare voix off annonce : « C’est sa vie, et c’est notre histoire. » Il y a certes de ça, le docu retraçant à merveille, comme toujours avec Rotman, toute une page de notre histoire publique, en même temps qu’un long épisode du feuilleton de la gauche. Le Congrès d’Epinay, la présidentielle de 1981, la campagne législative de 1986… Mais de « sa vie », point. Jospin ne sort jamais de son costume sobre et sombre d’ex-trotskiste. Sauf pour enfiler son petit (tout petit) short de basketteur, comme on le voit sur des photos en noir et blanc. Il évoque une adolescence sans vague, ses études, ses premiers engagements politiques, son admiration pour Mitterrand. On le suit dans des lieux symboliques, de la maison de son enfance à Meudon (Hauts-de-Seine) à la rue de Solférino, en passant par la résidence universitaire d’Antony et l’IUT de Sceaux où il fut prof. Le soir de la projection à Paris, la semaine dernière, Jospin avait précisé qu’il ne s’agissait « pas de mémoires filmées, mais de réponses à un questionnement ». C’est vrai : si c’est un autoportrait, Rotman et Favier ont, eux aussi, la main sur le pinceau, tentant de lui faire faire des ratures - ils l’interrogent sur les amitiés vichystes de Mitterrand, sa rivalité avec Fabius, la cohabitation avec Chirac, qu’il qualifiera de « relation factuelle »… Il le dit lui-même dans le film : il a « horreur des bavardages ». « Comme tous les hommes politiques, Lionel Jospin est un homme secret, très pudique, qui se livre difficilement, reconnaît Patrick Rotman. Ce n’est pas un impulsif, ce n’est pas un homme qui se jette comme un chien dans un jeu de quilles. » Heureusement, les dessins de Wiaz viennent soulager les frustrations, apportant un peu de caricature à ce débordement de mesure. Heureusement aussi, les images d’archives - réunions de campagnes, meetings -, fruit du travail de la documentaliste-chercheuse d’or Marie-Hélène Barbéris, permettent d’entrapercevoir un tout petit peu de Lionel. (1) Chirac, du jeune loup au vieux lion, 2006. (2) François Mitterrand - Le roman du pouvoir, 2000. Paru dans Libération du 14 janvier 2010
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