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lundi 3 décembre 2007 10:37

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Livre électronique : une page se tourne

« Libération » a testé l’ebook français Bookeen, rival du Kindle d’Amazon.

par Frédérique Roussel

tags : Littérature , livre électronique

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Des bibliothèques virtuelles de plus en plus fournies

L’offre de livres numériques se développe (...)

C’était le dernier exemplaire de livre électronique du français Bookeen disponible à tester. Les premiers stocks mis en vente le 28 octobre sont partis en trois jours. Allez savoir combien… La torture n’a aucun effet sur les sociétés high-tech, qui couvent le secret des chiffres plus férocement qu’une mère. Le livre électronique d’Amazon, le Kindle, sorti le 19 novembre aux Etats-Unis à 399 dollars, a subi le même sort. Razzia. Rien n’a filtré non plus sur le nombre d’acheteurs. Seul Sony, autre concurrent sur le marché, dit vouloir trouver 100 000 preneurs pour son PRS 500 d’ici la fin de l’année. Une armée invisible se convertit donc…

Quoi qu’il en soit, le voici, le livre électronique dernière génération. Il n’a rien d’un livre. Pas de couverture ni de quatrième, pas de pages. Sous l’emballage de cuir ou simili se dévoile un écran plat, de la taille d’un livre de poche en moins lourd (137 grammes, un millimètre d’épaisseur, format sac à main). Et déjà, il faut désapprendre. Fini ce geste si familier de feuilletage, né avec le codex au IVe siècle. Fini l’odeur du papier, si chère aux nez délicats ou le tendre fffschuit de la page tournée. Fini la jauge du lecteur qui estime un poids, une épaisseur, en caressant du regard une gondole de libraire. La librairie et la bibliothèque, elles sont là, dans vos propres mains.

Sachez que la quantité n’est plus une affaire. Ce Cybook Gen3 (pourquoi des noms sexy comme des médicaments ?) peut contenir 5 000 titres. De quoi occuper de longues années de lecture, voire une vie. Et il faut encore désapprendre. Cette bibliothèque met tout sur le même plan, Au cœur des ténèbres et les informations du magazine techno américain Wired (grâce à la synchronisation du fil RSS, un vrai plus), des articles de journaux et le dictionnaire. Le plus sinistre est sans doute l’apparition de critères de classement, aux côtés des usuelles catégories « titre » et « auteur » : le poids en octets ou le temps moyen de lecture…

Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, beau classique de la littérature anglaise. Selon les goûts, on peut choisir la typographie, la grosseur de caractères… Mes préférences enregistrées, mes Hauts de Hurlevent comptent 950 pages. Petit choc psychologique. Je ne me souvenais pas d’un tel pavé. Le temps de lecture ne se calcule plus en fonction de l’épaisseur d’une reliure.

Le texte, lui, n’a pas bougé. Le contenu ne prime-t-il pas sur le contenant ? Autre désagrément : le fond apparaît moins blanc que celui du livre papier. Dans les labos quelque part (chut), il paraît que des chercheurs tentent de faire plus blanc que blanc. Ce serait salutaire. Un gros bouton permet de faire défiler le texte. A chaque fois qu’une page remplace une autre, il y a comme un flash, on appelle ça l’effet ghosting (fantôme). En deux mots, le système qui sous-tend l’écran, l’encre électronique, est un procédé physico-chimique. Des billes noires et blanches montent à la surface pour former des lettres suivant les impulsions électriques. Cela ressemble au Télécran, l’ardoise magique qu’on secoue pour qu’elle s’efface. C’est le fin du fin en matière d’innovation, puisque l’E-ink, initiée au MIT et licenciée par une firme de Boston, permet une lecture similaire à celle d’un livre, sans rétroéclairage. Enfin, plus moyen de corner les pages ou de griffonner… Pour s’y retrouver, des signets peuvent se semer ici et là, et des phrases peuvent être soulignées. Mais l’appréhension physique donnée par le livre papier n’existe plus. Il faut apprendre une nouvelle navigation.

Bilan : l’engin n’a pas la carrure de mettre le livre papier au tapis, ils se compléteront sans doute. Mais l’objet peut s’oublier devant le plaisir de lire. Et l’histoire de Heathcliff et de Catherine continuera d’émouvoir, ebook ou pas.

A lire également :
- Des bibliothèques virtuelles de plus en plus fournies (03/12/2007)
- Le livre se déchaîne (28/04/2007)
- Le papier électronique sous presse (28/04/2007)
- « C’est la lecture qu’il faut sauvegarder » (28/04/2007)


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