vendredi 28 novembre 2008 11:25
Loi sur l’audiovisuel : Uniques et divisibles
Télé sans pub. Hier, la loi a regroupé les chaînes publiques.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , économie , France Télévisions , loi sur l’audiovisuel , Télé sans pub
L’Assemblée Nationale - Libre de droits
Au troisième jour du débat sur la loi sur l’audiovisuel, l’article premier du texte a été adopté : plus que 55 articles et 830 amendements... Et les séances de jour sont moins déconnantes que celles de nuit, quand le député, nourri et abreuvé, révèle une faconde de fin de banquet. La preuve, hier, le rapporteur UMP de la loi, Jean-François Copé, était à la menthe à l’eau et l’ambiance à la gueule de bois. C’est tout juste si l’aimable « Tous des gauchistes ! » jailli des rangs de l’UMP pour qualifier les journalistes de France Télévisions a fait quelques vagues... D’un côté, la gauche ressort ses arguments (cadeaux à TF1, retour à l’ORTF) ; de l’autre, la droite, en la personne de la ministre de la Culture, Christine Albanel, ressasse son très cruche « La gauche a rêvé de la suppression de la pub, Sarkozy l’a fait », invoquant même Bourdieu et Derrida qui, ça tombe bien, n’ont pas les moyens de s’en plaindre. C’est que, en attendant d’en arriver aux articles sur le financement qui divise la majorité, l’opposition use de tous les artifices parlementaires pour faire durer le débat, tandis que la majorité s’agace qu’on veuille seulement discuter sa loi, examinée en urgence... Ainsi, pour l’article premier qui transforme France Télévisions en une entreprise unique, les amendements d’opposition se succèdent, tous identiques, mais nécessitant à chaque fois une plaidoirie du député qui a proposé la modification. L’opposition relaie l’inquiétude des producteurs : la constitution d’une entreprise unique signifie que, par exemple, un seul directeur de la fiction détiendrait le carnet de commandes et ce pour l’ensemble de France Télévisions. Les producteurs de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) y voient ainsi « un risque de centralisation ». Oui mais, si l’on conserve des directeurs de fiction dans chaque chaîne, alors l’entreprise unique perd son sens et les économies qui vont avec... A France Télévisions –ou plutôt à France 2, France 3, France 4, France 5 et RFO– l’ambiance, déjà frisquette, s’est encore refroidie de quelques degrés quand la gauche a échoué à faire adopter un amendement jugé crucial. Il s’agissait que, dans la loi, soient explicitement citées chacune des chaînes publiques au lieu de la seule France Télévisions qui les regroupe. Ça n’a l’air de rien, mais pour l’intersyndicale de la télé publique, si les chaînes ne sont pas nommées, il sera ensuite plus commode d’en supprimer, quand les vaches auront encore maigri. « Ça confirme ce qu’on sentait déjà, il se prépare une réduction du périmètre des chaînes, estime Carole Petit du SNJ, nos députés sont des fossoyeurs. » Paru dans Libération du 28 novembre 2008
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