lundi 6 décembre 2010 18:31
Loïc Le Meur et Sarkozy, la rupture tranquille
Lolo et Nico au Ministère de l’Intérieur, en 2005 - DR
Déjà pas en odeur de sainteté sur la Toile où les initiatives de ses militants peinent à convaincre, Nicolas Sarkozy aurait-il perdu son plus fidèle soutien du Web, en l’occurrence Loïc Le Meur ? Aussi triste et improbable que l’affirmation puisse sembler, la rupture semble être consommée entre le créateur de Seesmic et le locataire de l’Elysée. Retour sur une love story trop belle et trop forte pour durer. Son évènement annuel, Le Web, approchant à grands pas (les conférences ont lieu ces mercredi et jeudi), l’infatigable entrepreneur français --- mais domicilié à San Francisco — Loïc Le Meur fait logiquement la tournée des médias pour promouvoir son bébé (le programme est ici tout en anglais bien sûr, comme les conférences...). C’est au site du Nouvel Obs que Loïc a lâché la bombe. Au journaliste qui l’interroge sur son soutien potentiel à Sarkozy en 2012, Le Meur répond l’impensable : « c’est un épisode de ma vie qui est clôt. C’était une sorte de stage en politique qui a duré 4 mois. J’ai gardé une amitié avec les membres de l’équipe de Nicolas Sarkozy. Mais maintenant je suis concentré sur ma start-up. Je suis prêt à les aider si besoin, mais malheureusement l’économie du net n’est pas au centre de préoccupations du gouvernement. La preuve : il n’y a plus de secrétaire d’Etat... » Flashback, cinq ans plus tôt. Blogueur star, Le Meur est particulièrement fan de Nicolas Sarkozy. Juste avant Noël, sous les dorures de son ministère de l’Intérieur, Sarkozy reçoit un Le Meur totalement conquis venu la hotte chargée de cadeaux : et hop, un livre (bon, rien de fou là dedans, il en était l’auteur), mais aussi un iPod pour que Nicolas puisse mater ses podcasts entre deux réunions. Plus qu’un échange de 20 minutes, la naissance d’une idylle : Un bel esprit de camaraderie est en effet palpable dans cette rencontre, peut-être à cause du tutoiement (« c’est comme ça, sur les blogs »), des nombreux compliments (« tu es un homme d’action »), ou de la mise en cause des adversaires du présidentiable. En 2006, le ministre est invité au Web 3 où il sert un discours dans lequel le mot « régulation » revient assez souvent. Une fois la candidature de Sarkozy confirmée, Le Meur publie sur son blog un vibrant texte expliquant pourquoi il compte voter pour lui, s’achevant sur l’encouragement suivant : « bonne chance Nicolas pour construire une société de créateurs et d’entrepreneurs et à ta disposition pour t’y aider ». Engagé, Loïc Le Meur participera activement à la campagne de Sarkozy, se félicitera logiquement de son élection, et vivra en 2007 les jours « les plus excitants de sa vie » lors de la venue de Sarkozy à Washington chez Bush Jr. Mais le temps passe et beaucoup de choses ont changé. Sans doute trop occupé par son travail, Le Meur n’a pas vraiment eu l’occasion d’offrir un soutien continu à Sarkozy dernièrement (enfin peut-être que si en fait, on ne regarde pas non plus toutes ses vidéos), sans pour autant laisser percer de prime abord le signe d’une désaffection profonde. Après tout, c’est bien Le Meur qui vole au secours du pauvre Frédéric Lefebvre fin 2009, viré comme un malpropre de Twitter car signalé comme spam par des centaines d’utilisateurs. Etait-ce le coup de main de trop ? Peut-être, à en juger par les déclarations récentes du patron rebelle. Non content d’affirmer haut et fort que sa période sarkozyste est terminée, Le Meur se permet même de défoncer Hadopi, pourtant souhaitée de longue date par le Président. « Hadopi est une loi ringarde et complètement ridicule, elle n’est que le fruit de lobbys », déclare-t-il toujours au Nouvel Obs, la qualifiant de « tentative pour favoriser un modèle passé ». Visiblement, Loïc Le Meur préfère se tourner vers l’avenir, qui à ses yeux ne semble donc pas avoir les traits de Nicolas Sarkozy. Sacré Loïc, il y a des jours où l’on a presque envie de lui faire confiance.
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