mercredi 26 mai 2010 12:55
« Lost », but not least
tag : série
Sur la plage abandonnée... - DR
New York, de notre correspondante « Avez-vous la moindre idée de l’endroit où je vous emmène ? » demande l’un des personnages au début du dernier épisode de Lost : les disparus. Six ans et 121 épisodes après le naufrage du vol 815, les fans de cette série télé culte, créée par J.J. Abrams, continuent de répondre, incrédules : « Aucune idée ». La diffusion de la der de der, dimanche soir, aux Etats-Unis et en simultané dans sept autres pays (Canada, Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Portugal, Israël et Turquie), a laissé des millions de téléspectateurs sur leur faim. On ne dira rien ici des secrets révélés (diffusion fin juin sur TF1), sinon ce commentaire d’un internaute : « Biblique ! » A peine se terminait cet épisode de cent cinquante minutes intitulé The End, que la blogosphère était prise d’assaut par une myriade d’inconditionnels, les uns bouleversés (« Je ressemble aux chutes du Niagara »), les autres frustrés face aux nombreuses questions restées sans réponse. Car l’histoire des naufragés du vol Oceanic 815 sur une île tropicale s’achève sans lever le voile sur d’importantes zones d’ombre. Une démarche toute volontaire de la part des auteurs et producteurs. La semaine dernière, Damon Lindelof et Carlton Cuse avaient en effet expliqué au New York Times leur intention de laisser les quelque 12 millions de téléspectateurs de la sixième saison « parvenir à leurs propres conclusions ». Une audience peu négligeable qui impose un tant soit peu de respect. La Maison Blanche en sait quelque chose. En février, pour le lancement de l’ultime saison, Barack Obama avait fini par avancer de quelques jours le traditionnel discours sur l’état de l’Union, après avoir eu vent d’une véritable révolte des fans de Lost sur Twitter. Selon le site Wired, la série a décroché un nombre record de messages postés sur le réseau social : 27 000 en moyenne par épisode. Une popularité qui a d’ailleurs permis à la chaîne ABC de boucler en beauté sa diffusion. Lors de l’épisode final, pas moins de 107 pubs ont été diffusées, soit plus de quarante-cinq minutes pour deux heures trente de série. A chaque moment critique, une publicité faisait irruption. A 900 000 dollars (730 000 euros) les trente secondes, à vos calculettes !
Et si l’équipe de production jure ses grands dieux qu’elle ne cédera pas à la tentation d’une septième saison ou d’un film pour le grand écran, pas question pour autant de laisser filer un tel jackpot. Les studios Walt Disney Pictures, propriétaires du réseau ABC, auraient quelques plans sous le coude. Ce que ne démentent pas Damon Lindelof et Carlton Cuse.
Clichés. Impossible toutefois d’en savoir plus à ce stade. Seule certitude, les amateurs que The End n’aurait pas convaincus auront la possibilité de s’offrir le coffret DVD de la sixième saison, dont la sortie est prévue en août aux Etats-Unis, et qui comprendra un extrait inédit de vingt minutes censé résoudre certains mystères laissés en suspens. Convaincant ou pas, l’épisode final vient clore six années d’une révolution culturelle pour le petit écran. Diffusée dans près de 220 pays, Lost a bousculé tous les clichés télévisuels, et imposé sa marque dès son lancement en 2004. La première saison de la série a d’emblée compté plus de 15,6 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis. Les producteurs ont empoché depuis 58 récompenses, dont plusieurs Golden Globes et Emmy Awards. Leur pari était pourtant loin d’être gagné. En jouant la carte de la science-fiction à une heure de grande écoute et en mettant en scène une pléiade de personnages chahutés par de multiples projections dans le temps (passé, futur, monde parallèle), ils ont surpris leur public avec une série télé hors norme. Et avec elle, les patrons de la chaîne ABC, qui avaient commandé au départ une histoire très conventionnelle de rescapés sur une île, inspirée des émissions de téléréalité de type Survivor (Koh-Lanta en France). C’était sans compter sur le talent de ses auteurs, bien décidés à embarquer les 48 naufragés d’un vol entre Sydney et Los Angeles vers des aventures en tout genre. Très vite, les téléspectateurs mordent à l’hameçon de l’intrigue, qui se démultiplie et se décline sous toutes ses formes, fantastique, mystique, scientifique, paranormale… La série Lost fascine par ses nombreux niveaux de lecture. Pour beaucoup, elle s’inscrit dans l’histoire de l’industrie télévisuelle en réelle avant-gardiste. Max Read, du site Gawker, fait partie de ceux qui admettent avoir été scotchés pendant six ans devant « l’une des choses les plus fascinantes produites par la télé ». Seulement voilà, dimanche soir, cette aventure s’est, selon lui, « achevée de la pire façon possible […] et avec elle les rêves et espoirs de millions de gens ». Paru dans Libération du 25/05/2010
DR
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