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mercredi 24 décembre 2008 11:44

  • cinéma

« Louise Michel » taille patron

Rage. Delépine et Kerven filment furieux et paumés dans la crise.

par Didier Péron

DR

Louise Michel, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde... 1h34.

Plus en phase avec l’actualité qu’ils n’auraient probablement pu le rêver, Benoît ­Delépine et Gustave Kervern s’avancent sur scène avec Louise Michel tandis que les haut-parleurs clament l’effondrement de la demande sur le marché mondial, une récession généralisée, des vagues de plans sociaux comme il n’y en pas eu depuis bien longtemps.

Comme personne n’avait vraiment l’impression de vivre dans une société d’opulence, l’embrasement révolutionnaire n’a peut-être jamais été aussi proche et la référence à la figure anarchiste, la Vierge rouge Louise Michel (1830-1905), héroïne de la Commune de Paris, tombe à point nommé. Il ne faut cependant pas se tromper, il ne s’agit que d’un clin d’œil et non d’un biopic, les deux personnages principaux s’appelant, l’une Louise (géniale Yolande Moreau) ; l’autre ­Michel (parfait Bouli Lanners).

On apprendra au fil de l’histoire que tout ça est plus compliqué. Louise est ouvrière dans une usine textile en Picardie. Avec ses collègues, au lendemain d’une distribution de blouses qui se voulaient rassurante sur la bonne santé de l’entreprise, elle débarque dans des locaux vidés de leur machines. Le patron et tout l’encadrement (la fameuse DRH) ont mis les bouts. Furieuses, les ouvrières décident de mettre en commun leurs indemnités lamentables pour payer un tueur à gages afin qu’il retrouve et bute le patron. Louise dégotte un certain Michel, qui se prétend parfaitement adapté pour ce genre de tâche délicate. On comprend assez vite que c’est un branquignol qui partage sa caravane avec un collègue occupé, à partir de cordes à linges, à reconstituer les attentats du World Trade Center dans le jardin.

Dans cette quête du patron, les person­nages sont conduits de sous-fifres en boîtes postales et finissent par trouver le méga-proprio réfugié dans une villa du paradis fiscal de Jersey. La tension entre la base, qui perd tout après des années de labeurs, et le sommet, qui s’engraisse les pieds en éventail, est un motif bien connu des services du ministère de l’Intérieur, au titre, probablement, de l’idéologie d’« ultra-gauche ». Delépine et Kervern ne disent pas autre chose, mais le petit peuple des éternels exploités apparaît aussi devant leur caméra impitoyable comme un sacré ramassis d’emmerdeurs, d’incapables et de fous furieux. L’humour noir de Louise Michel n’épargne rien ni personne, il faut voir ce qu’ils font faire à une pauvre fille parvenue au stade ultime d’une chimiothérapie inutile.

Que nous apprend la crise actuelle ? Elle permet de faire éclater au grand jour une vérité trop souvent dissimulée : il n’y pas de société ou d’économie qui ne soient, tout ou partie, corrompues. Pas seulement, bien sûr, les trop évidentes républiques bananières ou le népotisme mafieux, mais bien les zones d’activités officiellement réglementées, transparentes et vertueuses. Tous pourris, donc, et mieux vaut en rire avant de n’avoir plus les moyens de pleurer.

Paru dans Libération du 24 décembre 2008


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