jeudi 21 octobre 2010 16:51
Louisiane : BP joue au gardien de brut
par Laure Noualhat
Le 24 mai 2010 dans le delta du Mississippi - NASA/GSFC
Une marée noire d’inquiétude
d’Arnaud Muller et Thierry Vivier
« Envoyé spécial », France 2, ce soir, 20 h 35.
Avril 2010. La plateforme Deepwater Horizon, qui explore le sous-sol du golfe du Mexique au large de la Louisiane, fait boum. Jusqu’en août, le puits qu’elle forait déverse à gros bouillons cinq mois de pétrole par 5 000 mètres de fond. À la louche, 800 millions de litres de brut (5 millions de barils). Logiquement, le monde entier s’attendait à la plus grande marée noire de l’histoire des États-Unis, voire de l’histoire tout court. Les Cassandre peuvent aller se rhabiller (en vert), le pétrole n’a pas submergé la Louisiane. Pas dans les proportions annoncées en tout cas. Mais où est donc ce foutu brut ? C’est la question que posent d’emblée Arnaud Muller et Thierry Vivier dans leur enquête pour Envoyé spécial. Et à laquelle BP ne répond pas. Les deux journalistes se cassent les dents sur le service de com du pétrolier qui a verrouillé jusqu’aux plages de Louisiane dès l’explosion de leur plateforme. Et, lorsque les deux journalistes débarquent au cœur de l’été assoupi, on les emmène plutôt faire un media tour dans un centre de soins dernier cri pour piafs mazoutés. Le hic, c’est que les oiseaux mazoutés se comptent sur les doigts de la main. Et que les marais ne sont pas truffés de boulettes d’hydrocarbures. Les pêcheurs sont bien au chômage technique, mais BP les occupe. Contre 2 000 dollars (1 400 euros) par jour, ils disposent des bouées filtrantes devant le bayou. Certes, ils gagnent bien leur vie… mais ça n’a pas l’air de les enchanter. Alors où est ce pétrole ? En surface ? Que nenni. Toute la nappe d’hydrocarbures a été « dispersée », grâce à l’épandage de 7 millions de litres de produits chimiques, dont personne ne connaît véritablement les impacts sanitaire et environnemental. Dans l’eau ? Peut-être bien. D’après des chercheurs indépendants postés sur des navires de recherche, il flotte à 1 500 m de profondeur, tel un nuage en suspension de 300 km de long et 90 km de large. Pour les autorités fédérales, les courbes des chercheurs ne démontrent rien, elles indiquent simplement une brutale chute d’oxygène dans ces eaux profondes. Alors où est-il, ce pétrole ? « Out of sight, out of mind » (« loin des yeux, loin de l’esprit »), comme dirait l’un des pêcheurs. Paru dans Libération du 21 octobre 2010
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet


