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vendredi 16 avril 2010 15:23

  • cinéma

Luc Besson sert un bon « Blanc-Sec »

par Mathieu Lindon

Sous le soleil, Louise s’est fait dorer - DR

Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec de Luc Besson, avec Louise Bourgoin et Mathieu Amalric.

Le début du film est carrément bien. Luc Besson reprend l’esprit et les images, les vignettes mêmes des bandes dessinées de Jacques Tardi et c’est donc dans une ambiance familière aux amateurs du dessinateur qu’éclôt, une nuit de l’automne 1911, en plein Muséum d’histoire naturelle (c’est-à-dire au Jardin des plantes), un œuf de ptérodactyle, et c’est un Choupard alcoolisé qui l’aperçoit d’abord rue de Rivoli. Cette répétition cinématographique de l’univers dessiné est elle-même inventive, drôle et aventureuse. Le rapport à la parodie est nickel : c’est plein de mystères mais on sent que leur résolution n’est pas la grande affaire du film. Le montage joue des associations et celle qui voit le vieux professeur Espérandieu remuer des épaules pour simuler le battement des ailes de l’encore plus vieux ptérodactyle (même si son âge effectif n’est que de quelques heures) dit la respiration humoristique de l’œuvre de Luc Besson.

Adèle Blanc-Sec est au Pérou quand commence sa propre aventure extraordinaire, mais ce n’est pas le Pérou. Avec ces pyramides et ce sphinx, ça ne trompe pas, c’est l’Égypte, son ciel bleu, ses prétendus pilleurs de tombes et ses momies bientôt en folie. C’est que, curieusement, Adèle a besoin d’un médecin de l’Antiquité pour guérir sa sœur qu’une malencontreuse partie (amicale) de tennis a presque tuée, et c’est pourquoi — la logique a ses raisons que la raison ignore — l’affaire du ptérodactyle ne la laisse pas indifférente. « Maintenant que l’incroyable est fait, passons à l’impossible », comme elle le dira. Cela nécessitera de s’affronter à un « ignoble crétin » après l’autre et, là encore, Luc Besson réussit sa panoplie de personnages lamentables, de cet imbécile d’inspecteur Caponi aux allures d’Averell Dalton (quand est-ce qu’il mange ? est sa préoccupation de chaque instant) au chasseur de fauves ne sachant pas chasser avec ou sans chien, en passant par l’infâme Dieuleveult (Mathieu Amalric est méconnaissable) dont les intentions on ne peut plus malveillantes à l’endroit d’Adèle sont perpétuellement et bienheureusement perturbées. Comme dit une élégante spectatrice d’un guillotinage qui a tourné autrement que prévu (et qui est un morceau de bravoure du film) : « Je n’ai pas tout saisi. »

Louise Bourgoin est inattaquable en tant que mademoiselle Blanc-Sec : drôle et chieuse à la fois, et toujours cadrée décemment quand elle est nue. La fin de cette aventure extraordinaire, où apparaît « Ramsès de mes deux » qui est beaucoup plus sympathique qu’il n’en a l’air, est un peu longue mais le spectacle reste agréable jusqu’au bout.

Paru dans Libération du 15 avril 2010

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