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mardi 28 octobre 2008 10:58

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M6 : peine capitale pour les locales

Info. La chaîne lâche ses cinq éditions régionales au profit d’un JT national.

par Alice Géraud, Gilbert Laval, Haydée Sabéran, Laure Espieu, Valérie Simonet

tag : économie

46 salariés et une vingtaine de pigistes sont directement concernés par la suppression des bureaux locaux. DR

Correspondants à Bordeaux, Lyon, Toulouse, Lille et Marseille.

M6 va fermer ses boutiques en régions. Terminé les décrochages du Six Minutes à Lyon, Marseille, Toulouse, Lille et Bordeaux. Déclinaisons locales d’une formule nationale qui avait jusqu’ici marqué la singularité de M6 en matière d’info : un format court et tout-images, au ton dynamique, diffusé à 20h35. La direction de l’ancienne « petite chaîne qui monte » a décidé pour 2009 de jouer dans la cour des grands, préférant un vrai journal de 20 heures, fabriqué à Paris, avec un présentateur.

Portée par le président, Nicolas de Tavernost, cette « révolution » laisse scep­tique les salariés à l’heure où, justement, les grand-messes de 20 heures voient leurs fidèles les quitter en masse. Mais là n’est pas la raison officielle avancée par la direction de M6 (qui n’a pas souhaité répondre à Libération) pour justifier la suppression des Six Minutes. Dans un document interne remis aux salariés, la direction évoque pêle-mêle la concurrence de plus en plus forte des autres médias d’info locale, le coût des décrochages, mais aussi, et surtout, les futures modifications de la grille lorsque, en janvier, le service public n’aura plus de pub après 20 heures. Débarrassée du tunnel de pubs d’après journal, France Télévisions commencera en effet ses programmes dès 20h35. Les chaînes privées vont devoir s’aligner. Or, 20h35, c’est justement l’heure des Six Minutes. Ça tombe mal. « On pourrait réfléchir à d’autres solutions  : changer les horaires, conserver le Six Minutes sur le Web », avance Alain Vigier, journaliste à Marseille et délégué SNJ-CGT.

Au total, 46 salariés et une vingtaine de pigistes sont directement concernés par la suppression des bureaux locaux. Ils ignorent pour l’instant quel sort leur sera réservé : reclassements au siège parisien, licenciements secs, maintien d’une partie des rédactions afin d’assurer la correspondance... Mais ils ne sont guère confiants. Ces deux dernières années, six bureaux de M6 ont fermé dans des villes plus petites. La chaîne préfère faire appel à des boîtes de production plutôt que de conserver ses journalistes pour assurer la correspondance.

Au moment de l’annonce du projet, il y a deux semaines, les journalistes des Six Minutes avaient observé une journée de grève, fait rarissime dans une chaîne privée. Ils ont finalement décidé de ­continuer à assurer leurs JT locaux. Au moins jusqu’au 12 novembre, date du comité d’entreprise. Même si, comme l’explique un journaliste, « le cœur n’y est pas vraiment » : dans toutes les antennes régionales, le moral est au plus bas.

A Lille : « Bla-bla global »

Jérôme Bureau, directeur de l’information, est passé hier dans les locaux de M6 Lille, qui compte huit salariés et sept pigistes. Il est annoncé à Bordeaux aujourd’hui. « Il nous a fait un bla-bla global sur les raisons de la fermeture, résume un journaliste. Il a rappelé que le CSA interdit la pub locale, qu’on ne peut pas regarder les décrochages de M6 sur le Net. Pour lui, les fermetures sont inéluctables. » Selon la rumeur, deux correspondants pourraient rester à Lille, un autre pourrait être embauché par une entreprise extérieure. Un tiers de l’équipe locale serait muté à Paris et un tiers licencié. Pour ceux-là, « on nous fait miroiter plus que le minimum légal, mais rien de ­concret ». Et les pigistes, payés à la journée ? Soupir : « Un souci de seconde zone. » Hier, pendant la réunion, c’était eux qui étaient en reportage.

A Lyon : « Pas convaincus »

A Lyon, les arguments de la direction ne convainquent pas non plus les huit journalistes permanents : « On nous reproche de représenter 30 % du coût total de la rédaction mais nous fournissons plus de 30 % des sujets », rappelle un journaliste. L’argument de la concurrence des autres télés locales n’a pas plus de succès : « Nous n’avons eu aucun sondage d’audience depuis dix ans », s’étonne ce même journaliste.

A Bordeaux : « A l’agonie »

Ouvert en 1988, le bureau de Bordeaux compte aujourd’hui dix personnes –dont plusieurs arrivées suite à la fermeture de la locale de Nantes, en 2006– et deux pigistes. « Après l’annonce de la mort programmée, l’heure est à l’agonie, pointe un salarié. Mais comme il n’y a rien d’officiel, qu’on ne connaît pas les modalités de départ, c’est difficile de se positionner. On est dans le flou le plus total, et le climat n’est pas au beau fixe. » Chacun attend désormais de savoir à quelle sauce il va être mangé : « Personnellement, j’ai 54 ans, je sais que dans la région, les possibilités de piges sont extrêmement réduites vu que France 3 aussi se déshabille petit à petit », se désole un journaliste.

A Marseille : « Ex-rois du pétrole »

Pour le bureau de Marseille, implanté depuis dix-huit ans, l’heure est au retour sur images. A la grande époque, la locale rassemblait jusqu’à 400 000 téléspectateurs devant son Six Minutes. « On allait partout, on était les rois du pétrole, se souvient Alain Vigier. On se permettait des cartes blanches, une météo humoristique et s’il fallait faire les cons devant la caméra, on était toujours les premiers. » Mais c’était il y a longtemps. « Depuis, on s’est embourgeoisés, institutionnalisés, il y a une rigidité qui s’installe, on a pris le pli », explique le même. Quant à savoir si le Six Minutes fera son édition d’adieu, la marge de manœuvre semble restreinte : pendant la grève, seul un ­petit bandeau d’information a été autorisé par la direction.

A Toulouse : « Le brouillard »

La rédaction de M6 Toulouse, elle, s’organise sur un rez-de-chaussée de 400 m², aux allées Jean-Jaurès. Le moral des neuf journalistes, de l’attachée de rédaction et des cinq pigistes réguliers serait plutôt à 400 mètres en sous-sol. Se mettre en grève pour protester ­contre la fermeture du bureau ? « Ce serait aller au-devant des projets de la direction », se désole Jean-Vincent Fournis, cameraman. « Il faut attendre que la décision soit officiellement actée pour réagir », reprend son confrère, Xavier Geiger, qui traîne lui aussi un moral en berne. « Encore une quinzaine de jours à travailler en ne sachant pas qui restera comme correspondant de M6 à Toulouse, ni qui sera éventuellement reclassé à Paris, souffle-t-il. C’est usant au possible. » La spécialité du Six Minutes toulousain est de jouer avec le bulletin météo. Pour le coup, il annonce être « dans le brouillard ».

Paru dans Libération du 28 octobre 2008


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