jeudi 29 novembre 2007 09:44
Ma SimCity va craquer
Le « SimCity Sociétés » est devenu tout autre chose, au risque de donner aux fans aveuglés le sentiment de s’être fait flouer.
par Olivier Séguret
DR
Plus qu’aucune autre des industries de la culture, le marketing domine l’économie du jeu vidéo. A mesure que son influence s’étend et que les revenus du secteur s’accroissent, les enjeux financiers qui lui sont liés exercent une pression telle qu’il est devenu très difficile à un jeu, même excellent, de s’imposer sans marketing. Comme pour les films mis en boîte par l’usine hollywoodienne, dont ils occupent l’annexe en attendant le directoire, les jeux sont développés en même temps que la stratégie pour les vendre. On n’apprécie jamais mieux les rouages de cette mécanique que lorsqu’un grain de sable bizarre vient en démontrer les failles, comme c’est le cas avec la sortie, dans une discrétion assourdissante, de SimCity Sociétés. Cette franchise figure historiquement, symboliquement et commercialement parmi les plus populaires et prestigieuses du jeu vidéo. Son créateur, Will Wright, qui en supervisa les trois premières versions au sein du studio Maxis dont il était aussi le fondateur, inventait avec ce titre le plus extraordinaire bac à sable virtuel : une simulation d’urbanisme où le joueur bâtit infiniment des métropoles. Will Wright ayant renoncé, peu après la vente de Maxis au géant américain Electronic Arts, à développer lui-même les séquelles de SimCity, la franchise n’en continuait pas moins avec un SimCity 4 puis un Rush Hour de bonne qualité.
Le SimCity Sociétés sorti ces jours-ci bazarde imprudemment ce glorieux héritage. Retiré à Maxis et confié à Tilted Mill, le titre est devenu tout autre chose, au risque de donner aux fans aveuglés le sentiment de s’être fait flouer. Rien ne permet d’affirmer qu’il existera un jour un SimCity 5, mais il est sûr que ce Sociétés n’en tiendra jamais lieu. Dérive plutôt que spin-off du simulateur urbain, le jeu s’efforce de faire basculer l’intérêt du joueur vers l’univers rebattu des Sims eux-mêmes, négligeant l’aspect bâtisseur du concept. Foisonnant mais vain, le titre rencontre un accueil sévère de la part des joueurs du simulateur traditionnel. Aux Etats-Unis comme en Europe, Electronic Arts a d’ailleurs joué profil bas, ne semblant croire qu’à moitié à la valeur de ce titre, qui n’est ni vraiment Sims, ni vraiment City, et ne voulant surtout pas dévaloriser à cause de lui l’ensemble de la gamme franchisée. Pendant ce temps, Will Wright a conçu l’intrigant et très secret Spore, dont la rumeur, épicée par un développement complexe et interminable, a fait l’un des jeux les plus attendus de 2008. SimCity Sociétés
DR
Electronic Arts,
pour PC
55 € env.
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