vendredi 26 janvier 2007 12:28
Ma partenaire refuse la folksonomie. Comment l’y inciter ?
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tags : blog , Wikipédia , Professeur Scrine
©Yann Valeani
Alors que certains annoncent pour 2007 la fin des blogs, on me demande encore, plus ou moins ouvertement il est vrai, des précisions langagières : « Professeur, de plus en plus de zyva sur le Net veulent taguer tous les sites qu’ils visitent. Doit-on craindre une détérioration de notre espace virtuel ? » (Thomas K. étudiant à principes). « Ma nouvelle partenaire refuse catégoriquement la folksonomie. Comment l’y inciter ? » (Fredo Siricky, surfeur pourvu). Le Web, tel que nous le connaissons maintenant, nous entraîne au moindre de nos clics, dans une danse où nous ne pouvons nous résoudre à nous laisser porter, mais à laquelle nous participons de toute notre souris. Blogueur vous-même et/ou grand lecteur de blogs, amateur d’encyclopédies en ligne ou encore consommateurs pirates de produits culturels (allez, je vous ai reconnu), vous savez de quoi je parle. C’est sur certains de ces sites qu’est née la folksonomie, autorisée, voire conseillée à tous publics, mon cher Fredo, puisqu’elle permet un classement intuitif proposé par l’internaute lui-même. Exemple : vous décidez de mettre les clichés de votre pot de promo sur le site de partage de photos Flickr. Afin de les y archiver, vous aurez à choisir un ou plusieurs mots-clés (on parle aussi d’étiquettes, de tags, en anglais). Par exemple : fête, promotion, pot, ivresse, beurrécommeunpetitlu, etc. Un seul mot tel que « fête » renvoie – au jour d’aujourd’hui, à quelques 57971 photos, depuis « la fête du ver de bancoule » au « gâteau de fête de Michelle » en passant par toutes les kermesses, beuveries, anniversaires, enterrements de vie de garçon, etc., des pays francophones. Autant vous dire que si vous voulez que vos collègues retrouvent leurs ganaches dans ce fatras, il va falloir affûter les mots-clés. Les tagsclouds ou nuages de mots-clés, qui sont le propre des sites collaboratifs, ont un succès tel qu’on les retrouve désormais sur des sites traditionnels. Eléments pratiques et graphiques devenus familiers, ils font partie du paysage du Web. Si la folksonomie (de folks, les gens, clashé avec taxonomy/taxinomie, la classification des éléments) se veut, à l’inverse des classements traditionnels, une émanation des utilisateurs, elle part d’un postulat qui a plutôt à voir avec le désordre que l’ordre, l’intuitif que le scientifique. De sorte que son utilisation s’en trouve immédiatement simplifiée concernant un usage simple, domestique, alors que l’on peut émettre de sérieux doutes à propos d’une pratique plus poussée. Envisageons le cas d’un site à classification collaborative tel que Flickr, à propos des serpents. Ballpython, ball python, python regus, python royal, python boule, sont autant de termes qui renvoient au même signifié, et la liste n’est bien sûr pas exhaustive. Ce qui laisse entendre que nous nous retrouverions, si nous voulions envisager les autres aspects du document à archiver (la reproduction de la bête, son régime alimentaire, etc.), et être précis et efficace, avec des dizaines de mots-clés. Le cas des serpents soulève un autre lièvre : le Babelweb. Si l’anglais, particulièrement l’anglais vaille-que-vaille permet des échanges multiples, la folksomie connaît ses limites dans la multitude de langues parlées. Et même, dans nos langues occidentales, on observe des mots comme « car » (une voiture en anglais, un moyen de transport collectif et une conjonction de coordination en français) qui peuvent orienter l’internaute vers une impasse. Devra-t-on, à terme, envisager une langue commune pour progresser dans l’échange d’informations ? Le Web sémantique – mais c’est une autre histoire, nous donnera, dans un temps pas si lointain, toutes les réponses. En attendant, ne nous laissons pas aller aux « déprimes lentes » de saison et continuons de nous agréger. Nous en avons les moyens. Vous voila prévenus. Bonne quinzaine sur vos écrans.
Partager cet article
Partager Tweet


