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mercredi 23 février 2011 15:06

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Ma souris sur les parquets cirés

par Pierre Marcelle

tags : Google , Art

L’Uffizi Gallery de Florence vue par le Google Art Project

Google veut tout. Google veut tout numériser — les livres, les sons, les films et les œuvres. « Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches… » Enfin voici son cœur qui ne bat que pour nous, dont l’illusion de tout posséder légitime toutes ses entreprises. La dernière en date, qui a nom Google Art Project, propose la visite en ligne de 17 musées, parmi les plus prestigieux au monde, et l’exposition, dans des zooms profonds, d’un gros millier de pièces reproduites en une himalayesque résolution. Sans doute, en fait de mise en écran du patrimoine artistique universel, Google n’est-il pas le seul opérateur, mais il est le plus riche et le plus bruyant. Pas étonnant que lui, et lui seul, prétende inventer une nouvelle façon de regarder.

C’en est une, en effet… Comme on regarde derrière des lunettes 3D des métrages de même farine, on examine au musée Google une Ronde de nuit de Rembrandt, par exemple, qui a à voir avec l’original ce qu’un scarabée sur une planche d’entomologiste inspire de la blatte de Kafka dans la Métamorphose. À sept milliards de pixels de résolution, le visiteur aura quelques difficultés à retrouver dans ses bons vieux catalogues les valeurs des œuvres ainsi traitées, rendues méconnaissables en leur perfection formelle. La peinture, ici, devient pure matière, que les amateurs apprécieront, et plus sûrement encore les spécialistes.

Pour les autres, ils joueront à la promenade au musée. Le Google Art Project leur en a concocté dix-sept, donc, en sollicitant l’énervant procédé « Street View » qui nous promène virtuellement dans les rues des cités numérisées. La fonction muséale de l’objet n’y est plus d’aucun intérêt. On regarde le sol, on trace sa route au moyen de flèches qu’on oriente, il faut une plombe pour se caler face à un item et ajuster une mise au point aléatoire ; on s’applique à ne pas sortir des rails de parquets ni se cogner aux murs. Tout ça mobilise tant d’énergie qu’il n’en reste plus une once à consacrer à ces carrés de couleurs qui les adornent, et dont on avait cru qu’ils constituaient la finalité du truc. Sur la Toile, sans les toiles, les musées de peinture, c’est généralement très moche.

Paru dans Libération du 22 février 2011

À lire également :

Google Art Project : un musée pas si ouvert


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