dimanche 27 avril 2008 07:33
Macadam Gamer
Technologies mobiles et GPS transforment la ville en terrain de jeu.
par Marie Lechner
tag : festival
DR
Fini les couch potatoes rivés à leur console. En ces temps d’obésité galopante, se gondoler sur la balance de la Wii Fit en déculpabilisera certains mais ne saurait suffire. Pour jouer, il va falloir se bouger le cul : marcher, courir, pédaler à travers les rues. Grâce aux applications de géolocalisation qui se généralisent, les jeux deviennent mobiles et quittent l’écran pour s’infiltrer dans la ville. Dans Heartlands, mis au point par Active Ingredient, duo de Nottingham, c’est le cœur qui fait office de joystick. Leur dispositif combine un capteur fixé sur l’index du joueur qui contrôle ses pulsations cardiaques et un PDA doté d’un GPS. Heartlands retrace les déplacements du joueur dans la ville et les reporte sur l’écran du PDA. Le paysage du jeu varie en fonction du rythme cardiaque, s’il est optimal, le sentier se recouvre de fleurs, s’il est trop lent ou trop rapide, il se transforme en désert parsemé de têtes de mort ou en jungle. On contrôle le jeu en contrôlant son corps, le but est de parcourir la plus grande distance tout en maintenant un bon niveau d’activité cardiaque durant vingt minutes, fixée en fonction de l’âge du participant. Mi-jeu, mi-exercice physique, il existe aussi en version multijoueur : chaque fois qu’un participant croise la trajectoire d’un autre compétiteur, il peut lui dérober son territoire. « C’est une manière ludique d’explorer les relations du joueur à la fois avec l’espace qu’il habite et l’espace invisible à l’intérieur de son corps, expliquent les auteurs. Le corps du joueur devient un nouveau compagnon, une machine molle qui réagit à l’effort et qu’il peut percevoir durant sa course. » Gaffe tout de même à ne pas se prendre une voiture à force d’avoir l’œil rivé sur l’écran. Le jeu sera présenté du 19 au 25 mai à Mains-d’œuvres à Saint-Ouen, durant le festival d’art numérique Mal au pixel. Heartlands a remporté un tout nouveau prix décerné par Nokia qui récompense des applications ubiquistes innovantes. Pas vraiment anodin quand on sait que le premier fabricant de téléphone a acquis en automne l’éditeur américain de logiciels de navigation Navteq au prix fort de 5,7 milliards d’euros. L’autre géant du secteur, Tomtom, premier fournisseur mondial de GPS, vient lui de passer un accord avec SFR. Les téléphones portables avec GPS intégré ouvrent la porte à une multitude de services localisés et personnalisés, et accessoirement, à de nouveaux concepts de jeux. Les jeux urbains ont connu un essor dans les années 90 avec le geocaching, sorte de chasse au trésor planétaire au GPS. Certains comme PacManhattan déplacent l’arène du jeu vidéo Pac-Man sur la grille des rues de Manhattan. Au lieu d’immerger le joueur dans un monde imaginaire, il le plonge dans un décor familier, celui du quartier, et l’oblige à se déplacer physiquement pour remplir ses missions. PacManhattan, qui date de 2004, est une version low-tech, pré-GPS, où les positions des joueurs sont communiquées vocalement à la salle de contrôle, via le mobile. A l’occasion du festival Come Out and Play qui se tenait à Amsterdam en septembre dernier, Navball proposait une partie de foot dans la ville, mettant aux prises deux équipes de 11 joueurs munis de GPS. Le ballon et le but (virtuels) sont placés sur une carte d’Amsterdam et les joueurs doivent parcourir pendant quarante-cinq minutes la ville, trouver le ballon et l’envoyer au fond du filet. Les flâneurs préféreront la version deux roues mises au point par le collectif londonien Blast Theory, qui mixe théâtre et jeux utilisant la localisation. Moins sportif et plus narratif, Ride Spoke propose de parcourir la ville sur un vélo équipé d’un petit ordinateur fixé sur le guidon, les points d’accès wi-fi permettant de déterminer la position des participants. Le cycliste part à la recherche d’« endroits cachés ». Une hirondelle survole l’écran lorsqu’il en détecte un. Il est invité à poser le pied et à répondre à des questions : « Décrivez-vous, comment vous sentez-vous ? » ou « Trouvez un endroit que votre père aimerait et enregistrez votre message ». L’autre partie du jeu consiste à découvrir les endroits débusqués par d’autres participants et à écouter les histoires qu’ils y ont laissées, trace émotionnelle de leur passage. Ride Spoke est une pièce coécrite et révélée par le public, métarécit invisible posé sur l’architecture urbaine, brouillant un peu plus les frontières entre monde réel et virtuel.Applications ubiquistes.
Décor familier.
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