mercredi 1er décembre 2010 15:31
« Machete », l’aorte sauvage
par Gilles Renault
tag : gore
Photo Sony
Machete de Robert Rodriguez avec Danny Trejo, Robert de Niro, Steven Seagal, Jessica Alba, Michelle Rodriguez… 1 h 45. La couleur - savamment délavée - avait été annoncée dès 2007. Pastiche en forme d’hommage jubilatoire au cinéma populaire des années 60 et 70, le projet Grindhouse - coiffé par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez s’entendant comme larrons en foire - comportait deux fictions distinctes, Boulevard de la mort et Planète terreur, ainsi, en addendum, que la vraie fausse bande-annonce de Machete,justicier latino au service des opprimés… Trois ans plus tard, le héros grêlé existe enfin. Machine de guerre incontrôlable, c’est un ancien agent fédéral avec qui on n’a pas été trop réglo et qui, en retour, emploie, outre le sabre auquel il doit son sobriquet, tous les ustensiles lui tombant sous la main (débroussailleur, sécateur…) pour faire le ménage à sa façon. Voilà pour le côté gymkhana gorgé de violence (beaucoup) et de sexe (un peu), de visages burinés - à commencer par celui de l’inamovible Danny Trejo, cousin de Rodringuez et monument de la série B (Anaconda, Inferno, Une nuit en enfer 1, 2 & 3) - et de bimbos affriolantes (Jessica Alba, Lindsay Lohan). Mais, bien que carburant à la référence pop-corn movie (film de zombies, western, péplum), Machete est plus que ça. Derrière la façade du cinéma d’action à consumer sur place (pétarades tout azimuth), Robert Rodriguez place ainsi une nouvelle charge contre le contexte sociopolitique américain où (exactement comme dans Planète terreur) les chicanos forment la plèbe, au mieux exploitée, au pire refoulée.
Symbole dévoyé de l’impérialisme, en mèche avec l’argent de la drogue, Robert de Niro y joue un sénateur texan en campagne, qui hait « le Texas et la chaleur ». Après avoir été blessé par balle (un coup monté pour assurer sa pub), celui-ci marche avec une canne, puis songe à ne plus l’utiliser, ce que lui décommande vivement un conseiller en communication. On retrouve exactement la même scène dans le Président, un documentaire d’Yves Jeuland (sur les écrans le 15 décembre) consacré à la prospection électorale menée en début d’année par le récemment décédé Georges Frèche, afin d’être réélu à la tête de la région Languedoc-Roussillon. Paru dans Libération du 01/12/2010
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