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mercredi 22 juillet 2009 13:04

  • cinéma

Mais qui est donc Sacha Baron Cohen  ?

L’homme reste secret derrière ses avatars. Seule certitude  : la satire vise d’abord l’Amérique.

par Philippe Azoury

tag : comédie

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Brüno, de Larry Charles, avec Sacha Baron Cohen, Sting, Paula Abdul… 1 h 23. Sortie aujourd’hui.

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Après Borat, Sacha Baron Cohen incarne au cinéma un journaliste de mode autrichien, gay en culotte de peau et aux tendances nazies qui veut réussir à Hollywood. Du rire sale et méchant.

Ceux qui ont découvert Brüno il y a un mois sur le plateau du Grand Journal en parlent encore  : notre grand gaillard blond essayait de faire avouer à Denisot un penchant irrépressible pour les garçons et, pour ce faire, se déshabilla et, en l’espace de trois déhanchements, offrit à la vue générale une parure unique  : un slip Sarkozy bigarré surmonté d’une trompe d’éléphant – jusqu’ici le musée de la mode n’a toujours pas fait d’offre. D’une certaine façon, on peut dire que les présentations étaient faites. Brüno surgissait dans son élément naturel  : le plateau de talk-show. C’est là, en trublion de Channel 4 que le Londonien Sacha Baron Cohen s’est fait connaître dans les années 90, développant quelques doubles maléfiques dont l’inexistence dans le monde réel lui assurait de pouvoir oser débiter des horreurs, et de faire imploser le politiquement correct. Car Sacha Baron Cohen est notoirement fou. D’un point de vue psychiatrique, il développe un sens du dédoublement qui frôle la schizophrénie.

Peu de gens peuvent se vanter d’avoir parlé à Sacha Baron Cohen « en personne ». Et encore moins des journalistes. Il ne donne pas d’interviews sous sa véritable identité et fait répondre ses avatars  : Ali G, le rappeur bling-bling, Borat, le journaliste kazakh gonzo, et désormais Brüno, fashion victim autrichienne qui rêve de conquérir l’Amérique. Chaque personnage est fondu dans des codes vestimentaires et langagiers décousus, à l’opposé les uns des autres  : Baron Cohen a disparu sous les personnages.

Ce qu’on sait de sa vie tient en quelques lignes  : le garçon s’apprête à fêter ses 38 ans, est fiancé à l’actrice Isla Fisher et ne possède, paraît-il, aucun humour dès qu’il s’agit de la question juive. Sa réputation de religieux juif orthodoxe, mangeant exclusivement casher et n’utilisant pas son téléphone le jour de shabbat, rejoignant à 18 ans le mouvement des jeunes sionistes de gauche Habonim Dror, et ayant passé une année dans le kibboutz de Rosh Hanikra, ne fait que renforcer l’ampleur de son dédoublement  : Depuis Chaplin dans le Dictateur , quel Juif avait été jusqu’à se grimer en néonazi ? -car Brüno est gay et néonazi, tout comme Borat était homophobe… Les cibles du satiriste ont mis du temps à apparaître dans toute leur clarté. Devant l’imposture Ali G, on a d’abord cru à un jeune comique surdoué de plus, qui caricaturait l’utilisation de la culture hip-hop dans la culture mainstream en adorant prendre au piège toute star ou politique – jusqu’à Boutros Boutros-Ghali  ! –, prêt à subir toute provoc pour apparaître à l’image, dans un média cool.

Avec Borat, nullité journalistique kazahk découvrant l’Amérique, Cohen s’attaquait tout à la fois à l’Amérique conservatrice de Bush et à la machine médiatique grimée en machine à piéger les gens. Le Kazahkstan, s’estimant tourné en ridicule, a quand même officiellement menacé de poursuivre le garçon pour « usurpation d’identité »… Des figurants d’un village roumain ont aussi commencé à attaquer en justice, s’étant dit manipulés et désignés comme des sauvages par le satiriste.

A quoi lui sert Brüno en 2009  ? Sinon à faire hurler les Autrichiens  ? A priori, pas à grand-chose. Il est sorti de son giron initial, la mode (premier personnage de Baron Cohen esquissé au début des années 90, il tenait une rubrique fashion catastrophe, intervenant dans les défilés) et quand le film commence il en est juste à rechercher la célébrité. Ce faisant, il rencontre une fois encore l’Amérique. Et c’est en ce point que tout Baron Cohen converge  : c’est toujours l’Amérique comme horizon du succès qui est ridiculisée par Borat, par Brüno, par Ali G. Toutes les Amériques, celles des bleds paumés de l’Ohio, où des white trashers fous de catch racontent leurs exploits morbides à la télé, comme l’Amérique des célébrités qui prononcent « adoption »ou « caritatif »avec le soutien psychologique d’un conseiller en image. L’Amérique comme moule d’un monde suspendu aux talk-shows, aux scoops, aux annonces toutes faites, suspendu à une parole spectacle qui a fini par tourner à vide, passant de l’expression libre à l’expression de soi en roue libre. Les années Bush, on l’a compris, lui ont beaucoup profité. Aussi, à part Obama, on ne voit pas qui pourrait arrêter Sacha Baron Cohen.

Paru dans Libération du 22 juillet 2009


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