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mercredi 8 octobre 2008 09:43

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Marc Cholodenko, voix poétique de Garrel

Depuis vingt ans, l’écrivain prend en charge les dialogues masculins des films du cinéaste.

par Philippe Azoury

tag : littérature

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Vision d’aurore

Miroir. Avec « La Frontière de l’aube », Philippe Garrel nous expose à la lumière noire de la passion pure. Laura Smet est fascinante, entre femme fatale et fantôme charnel.

«Que la folie vienne vite» était le credo de Marie pour mémoire, premier Garrel tourné en 1967 à 19 ans. En 1971, un poète de 21 ans, Marc Cholodenko, publie Parcs, premier recueil où il s’agit d’«être à la hauteur du psychédélisme qui nous attend.» Les deux garçons, cependant, ne se connaissent pas. Ce n’est qu’en 1988 que Marc Cholodenko deviendra le dialoguiste attitré de Philippe Garrel, en charge des personnages masculins (la dialectique est telle chez Garrel que les dialogues féminins y sont confiés à une femme, Arlette Langmann souvent). Rôle délicat : le cinéma de Garrel, forclos et intime, suppose un récit à la première personne. Cholodenko, pourtant, réfuterait le terme de scénariste-alter ego du cinéaste. Il est davantage un ami générationnel, un peu lointain, toujours là.

Le tandem fonctionne en ce que, ar­tistes précoces dans une période élec­trique, rencontrant de plein fouet la poésie dans le rock (Garrel vivait avec Nico, Cholodenko dédiait ses poèmes à Soft Machine, à Mick Jagger et à Dylan –à qui il ressemble), ils ont chacun traversé des expériences radicales après 68: «Les poignets que l’on passe au travers d’une fenêtre», puis le désert des années 70 où Garrel, crucifié par l’acide et les électrochocs, la raison en miettes, vit replié dans un appartement repeint de noir, quand Cholodenko vit jusqu’au bout le trip communautaire, dédiant son Tombeau de Hölderlin au gourou Sri Chinmoy, «Père bien-aimé». La voie de sortie passera par le retour au récit: Garrel réapprend à raconter une histoire dans l’Enfant secret (prix Jean-Vigo 1982), Cholodenko connaît la consécration accidentellement, en recevant en 1976 le prix Médicis pour les Etats du désert, un roman. La critique de droite croit voir en lui un héritier du beau style. Pour la contredire, il se replie vers une poésie de fuite et d’anéantissement (la Tentation du trajet Rimbaud), creuse une veine romanesque hantée par une érotique de la soumission (le Roi des fées, Histoire de Vivant Lanon –prix Crazy Horse Saloon 1985!) et s’aventure à la recherche d’un art «inconscient» : chaque fois, il s’agit de recommencer le langage, s’anéantir, désapprendre. Lors d’une interview de la fin des années 80, il avoue ne se retrouver que dans les films de Garrel. Lequel le lit depuis Parcs et sa neige qui «remonte en lourdes larmes», son «désert bleu», ses «jours troués, et rectilignes». Désormais, le cinéaste donnera un canevas, des bribes de dialogues au poète, pour qu’il s’en empare.

La méthode reste inchangée : silencieuse. Ils sont finalement si indépendants l’un à l’autre qu’il serait vain de traquer dans les poèmes d’aujourd’hui des échos directs du travail avec Garrel. Ce qui ne nous empêchera pas d’entrapercevoir beaucoup de la Frontière de l’aube au bas de cette page de Parcs: «Et qui d’autre qu’elle saurait la folie qu’elle porte déjà aux yeux?»

Paru dans Libération du 8 octobre 2008


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