mercredi 5 août 2009 16:19
« Marching Band », fanfare à contretemps
Claude Miller suit une jeunesse en marche, mais le docu reste confus.
par Aline Fontaine
DR
Marching Band, documentaire de Claude Miller. 1h35. L’ère de gloire d’Obama courrait-elle déjà vers sa fin ? Depuis quelque temps, le président américain se heurte à un mur de lobbys sur la question de la réforme du système de santé aux Etats-Unis. Tous se démènent comme des diables pour tenter de faire vaciller le Président. Dans ce contexte, Marching Band, le premier documentaire du cinéaste français Claude Miller, arrive dans les salles françaises à un curieux moment. Le film raconte les derniers mois de la campagne présidentielle américaine, sous l’angle de la ferveur pro-Obama, exprimée par les membres d’une fanfare universitaire de Virginie. Miller explique avoir voulu au départ réaliser un film avec un marching band (une fanfare de campus), sans pour autant en faire le sujet principal. L’envie lui est venue du documentaire de Michel Gondry Block Party, dans lequel figurait une telle fanfare. Si en France la pratique du marching band n’est pas très répandue, aux Etats-Unis, elle fait partie intégrante de l’identité des établissements. Marching Band ne se déroule pas dans n’importe quelle université, mais à l’UVA (University of Virginia), l’une des mieux cotées sur le plan national. Claude Miller s’introduit également dans la Virginia State University, composée essentiellement d’étudiants afro-américains et qui, dès l’été 2008, s’est positionnée derrière le candidat démocrate. Si dans l’ensemble, le film se montre pêchu, le gros hic tient dans son ambivalence : Miller a-t-il voulu dresser le portrait d’une certaine jeunesse américaine sur fond d’élection présidentielle ou bien la fanfare est-elle censée servir la campagne ? La confusion s’accentue au fur et à mesure qu’approche le résultat de l’élection et que les jeunes de la fanfare se fondent dans la masse des supporteurs d’Obama.
Les entretiens avec les musiciens laissent une impression de superficialité. Certains jeunes, comme Ashley, avouent que sans la musique (en général), ils seraient sûrement tombés dans la drogue. Très bien, mais jamais le film ne montre concrètement en quoi cette fanfare a changé leur vie, ni d’où ils viennent. Au final, Claude Miller réussit surtout à traduire l’émotion ressentie par cette tranche d’adolescents sur le point d’accomplir un acte adulte. A l’image de cette scène pleine de tension montrant deux jeunes cliquant enfin sur le bouton de vote – tel un écho à Charlotte Gainsbourg voulant quitter l’enfance dans l’Effrontée. Malheureusement, le documentaire arrive un peu tard. En jouant la carte du suspense sur l’incertitude des résultats, Miller peut difficilement prétendre tenir quiconque en haleine. Paru dans Libération du 5 août 2009
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