mercredi 15 avril 2009 10:48
Marilyn Chambers tire sa révérence
Disparition. Lancée par le porno des années 70, l’actrice est morte à 56 ans.
par Bruno Icher
tag : sexe
DR
Dans Pornostars, Laurent de Sutter évoquait ainsi les actrices auxquelles il avait consacré son livre : « Les anges ne connaissent de consistance que dans les traces de leur passage. » On ne saurait mieux dire de Marilyn Chambers, icône que personne n’oubliera grâce au choc Derrière la porte verte des frères Mitchell, un des premiers films, avec Gorge profonde de Damiano, à convaincre un large public que le porno était un genre comme les autres. Lundi, la police de Los Angeles a découvert son corps sans vie – une grande première – à son domicile de Santa Clarita, sans pouvoir définir encore les causes de la mort. À quelques semaines près, Marilyn Chambers, née Briggs le 22 avril 1952 à Providence, Rhode Island, aurait pu rester une inconnue. Lassée par une existence partagée entre cachetons pour des pubs, jobs de serveuse topless et cours d’art dramatique, elle était sur le point de renoncer à une carrière d’actrice. En trois ans, elle n’avait obtenu que deux rôles, l’un dans la comédie The Owl and the Pussycat au côté de Barbra Streisand, puis un autre, mais dénudé, dans Together. Ce sont Jim et Artie Mitchell qui l’ont finalement engagée, sans lui dire la nature exacte de leur projet, car ils lui trouvaient une ressemblance avec la starlette montante du moment, Cybil Shepherd, mais surtout pour bénéficier de la notoriété de son visage. Sa photo ornait alors les paquets de savon Ivory Snow, accompagnée d’un étrange slogan : « 99,44 % pure ». La simultanéité avec laquelle pub et film se retrouvèrent à l’affiche participa au succès de Derrière la porte verte et provoqua la fureur des marchands de savon qui retirèrent leurs produits de tous les magasins du pays. Il faut dire que l’Amérique ne parle alors que de « ça », autrement dit un coït de 45 minutes chrono impliquant Marilyn et l’acteur noir Johnny Keyes, brisant un tabou qui valut à la comédienne de se fâcher avec ses parents pendant plusieurs années. Dans son autobiographie, elle avait bien résumé l’ambiance : « J’ai perdu mes inhibitions à l’écran, en même temps que les Américains perdaient les leurs. » Avant d’ajouter, plus prosaïquement : « C’est avec le souvenir d’Autant en emporte le vent en tête que je me suis présentée joyeusement à l’adresse indiquée sur l’annonce. Mais le tournage avait à peine commencé que j’avais les mâchoires paralysées à force de sucer. » Après un tel triomphe, c’est logiquement une carrière de porno star que Marilyn Chambers embrassa, enchaînant dans la foulée par un autre succès, Resurrection of Eve de Jon Fontana, toujours avec les frères Mitchell. En tout, une trentaine de films, dont beaucoup de soft destinés aux chaînes câblées depuis les années 90. Cette belle série a été à peine interrompue par ses quatre mariages (dont un avec le producteur Chuck Traynor, ex-mari de Linda Lovelace, star de Gorge profonde), la naissance de sa fille, un tube disco, Benihana, en 1977, sans oublier une candidature au poste de vice-présidente pour le Personal Choice Party de Charles Jay, parti libertin qui obtint 946 voix à l’élection présidentielle de 2004. Au cours de cette admirable carrière, Marilyn Chambers ne fit qu’une seule infidélité au porno. C’était pour Rage, film gore de 1977 d’un débutant nommé David Cronenberg, dans lequel une jeune femme victime d’un accident de voiture subit la facétieuse imagination d’un chirurgien qui lui greffe un dard venimeux sous l’aisselle. La belle prend dans ses bras la moitié de la population mâle de Montréal, qui se transforme aussitôt en cannibales affamés. Dans le bonus DVD du film, Cronenberg, devenu vieux et sage, rappelle qu’il voulait absolument donner le rôle à Sissy Spacek mais que ses producteurs et lui-même, pour des motifs commerciaux, avaient préféré le proposer à l’immense vedette qu’était alors Marilyn Chambers. Paru dans Libération du 15 avril 2009
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