mardi 3 juin 2008 17:59
« Martyrs », comme son nom l’indique
par Bruno Icher
DR
Il n’est pas impossible que, pour la toute première fois, une décision de la Commission de classification des films aboutisse à une annulation de la sortie en salles d’un long métrage. La semaine dernière, la Commission, par 13 voix contre 12, a décidé d’assortir la sortie de Martyrs, de Pascal Laugier, d’une interdiction aux moins de 18 ans. La décision est, pour l’instant, soumise à l’approbation de Christine Albanel, ministre de la Culture. En attendant, le distributeur Wild Bunch a annoncé la suspension de la sortie du film, prévue le 18 juin. C’est un coup d’arrêt à la carrière de Martyrs qui avait commencé sous les meilleurs auspices à Cannes. Le film, que des habitués du Marché du film consacraient déjà comme « le meilleur film d’horreur français de tous les temps » a été acheté par 35 pays et plusieurs festivals (Toronto, Sitgès, Locarno) ont commencé les travaux d’approche pour le compter dans leur sélection. Pendant ce temps-là, donc, personne ne peut dire quand le film sera visible en France. « Avec Pascal Laugier le réalisateur et Wild Bunch, le distributeur, nous assumons totalement le parti pris du film, plus proche de l’univers de Haneke que d’un slasher américain où des zombies se bouffent le bide », s’agace Richard Grandpierre, producteur et patron de Eskwad. « Nous nous attendions à ce qu’il fasse l’objet d’une interdiction aux mois de 16 ans mais pas ça. Concrètement, cela signifie que le film, s’il sort, ne sera pas distribué dans une centaine de salles mais dans cinq au maximum, et que Canal Plus devra déprogrammer un porno du samedi soir et renoncer à le diffuser une petite dizaine de fois parce qu’il ne pourra passer qu’entre minuit et cinq heures du matin ». Autrement dit, un enterrement de troisième zone tandis que cette affaire décuplera sans aucun doute la curiosité des amateurs du genre qui se feront un devoir de le télécharger sur le net. C’est que, depuis l’affaire Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, aboutissant à une nouvelle classification interdite aux mineurs, hors X, d’autres cas ont méchamment refroidi les ardeurs des producteurs et distributeurs à se lancer dans ce genre d’aventure. Entre autres, Saw 3 de Darren Bousman dont la sortie émaillée de divers incidents (caisses débordées, vigiles devant chaque salle dans les multiplexes...) a conduit UGC à renoncer à exploiter dans leur réseau des films dans cette situation. Ou encore de la ridicule affaire de Quand l’embryon part braconner de Koji Wakamatsu, film en noir et blanc de 1966, dont l’interdiction aux mineurs a valu au ministère de la Culture une lettre de protestation de l’association des réalisateurs japonais. Si elle se confirme, l’interdiction de Martyrs, le bien nommé, aura probablement des conséquences à long terme. Quel producteur désormais, mettra un euro dans un film qui court ce genre de risque ? « Pas moi en tout cas », répond Richard Grandperret. Pour autant, la mort programmée du cinéma d’horreur made in France correspond très exactement au souhait de ceux qui viennent de voter cette interdiction.
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