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lundi 6 septembre 2010 08:46

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« Masterchef », tous en mayo

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : TF1

Master of horror - DR

Avertissement : cet article ne se laissera pas aller à la facilité d’user de métaphores culinaires pour évoquer Masterchef, le concours de cuisine de TF1. Pas de « concept aux petits oignons », pas d’« audience qui frémit à peine » pour parler du succès tout relatif de Masterchef, pas de « Carole Rousseau, la gâte-sauce de l’émission » pour désigner l’animatrice et pas de « Masterchef, c’est comme une mayonnaise sans huile, ça ne prend pas ». Et les mots « navet »,« endive »,« flan » ne seront pas prononcés à propos du jury. N’insistez pas, c’est non. Ni même de « Masterchef, la grosse daube de TF1 ». Non, pas de « daube », de « galimafrée » ni de « ragougnasse ». Croyez bien qu’on la regrette, cette jolie ragougnasse. Allez, faites chauffer la colle (le bâtiment, on a le droit).

Un dîner presque top master

Brique après brique, la mayonnaise Masterchef monte. Pouf, pouf : le mur Masterchef s’érige. Ouais bon : y en a partout, du Masterchef. Certes, ça fait déjà un petit moment que l’émission culinaire a quitté la marmite de Maïté et les cases matinales pour devenir une véritable locomotive à audience. C’est M6 qui s’y est mise en prems avec le hit Un dîner presque parfait, aujourd’hui décliné en prime-time et en « combat des régions ». En plus de cet Intervilles des fourneaux, la Six en a, cet hiver, remis une louche (ah oui, mais c’était ça ou le couvert) avec un Nouvelle Star des casseroles, les vraies : Top Chef. Et chaque chaîne y va de son faramineux concept : le culinaro-sociétal sur France 3 (Repas de famille où deux familles font connaissance à table, ça commence samedi à 20 h 10) ou, sur Direct 8, l’Amour au menu où de jeunes gens se content fleurette et fourchettes. Appelons ça du culinaro-cul.

Les Angliches au fourneau

Un gigantesque concours de cuisiniers amateurs. Forcément, comme la dernière bonne idée de TF1 remonte à décembre 1981 (le licenciement de Danièle Gilbert), ce n’est pas du très disponible cerveau de ses dirigeants qu’est sorti Masterchef. C’est angliche, figurez-vous. Ah ! Ah ! Les Angliches qui font une émission de cuisine, ces nuls, et pourquoi pas une équipe de France de foot, tant qu’on y est ? Oui mais là-bas, on y cuisine à tous les coins de grille et le Top chef de M6, ainsi que son Dîner presque parfait, sont des adaptations de concepts britanniques. Une dizaine de saisons au compteur déjà pour Masterchef et de jolies courbes d’audience, jusqu’à l’exportation en Australie. Et là, le ciment a pris. Enfin, la mayonnaise : l’émission, sérieusement ripolinée par rapport à la version britannique, fait péter l’Audimat et des petits clones dans le monde entier. Même logo d’un pays à l’autre, mêmes épreuves, même profil de candidat, même type de jury. Aux Etats-Unis, c’est le chef écossais - mesdames, retenez vos petits cris de plaisir - Gordon Ramsay qui officie (dommage, on ne le voit pas torse-poil comme dans Hell’s Kitchen).

L’autre Demorand

Bon, on ne va pas se mentir, dans le Masterchef de TF1, il n’y a pas Gordon Ramsay. En gros, le jury de la Une, c’est comme si on adaptait en France Ocean’s Eleven avec Luc Chatel dans le rôle de George Clooney. Soit Frédéric Anton, sans autre particulière particularité que d’être le chauve chef du Pré Catelan ; Yves Camdeborde qui fait dans la cuisine de bistrot « conviviale » (ça veut dire qu’il a un accent et qu’il sert du jambon sur une planche) et Demorand. Mais non, cette girouette de Nicolas n’a pas encore changé de crémerie, c’est Sébastien, son frère. Un numéro, çui-là : critique culinaire à LTR (oui, TF1 inverse les images pour ne pas faire de pub clandestine), il a une étrange élocution. Il met. Des points. Entre tous. Les mots. Pour créer. Un effroyable. Suspense. Genre, goûtant le plat d’une candidate terrifiée : « Ce que. Vous nous. Avez fait là. Est [là, il arrondit la bouche]. Bon. » En fait, c’est le tic des jurys de tous les Masterchef du monde que TF1 décline à son tour. Sauf qu’à côté de Demorand, on dirait que Gordon Ramsay a sniffé la farine.

Toque, toque, y a quelqu’un ?

Pour le reste, c’est un copié-collé des Masterchef mondiaux, du générique aux effets de caméra à la Matrix, du gros plan incessant et systématique sur le hachage d’oignons aux musiques censées créer une montée d’adrénaline chez le téléspectateur qui, à genoux devant son poste, la seringue Masterchef plantée à la saignée du bras, n’en peut plus de ne pas savoir : rhâââ, vite, dis-moi, c’est qui qu’a fait la meilleure mayonnaise ? Un écran de pub plus tard, on fond en larmes en même temps que Marine, prof de français en ZEP : elle a réussi sa mayo. Elle va pouvoir « changer de vie » comme le serine l’émission,grâce aux 100 000 euros promis au vainqueur. Magnifique, elle va passer de Bac + 54 à niveau CAP, c’est beau la méritocratie à la TF1.

Le service est un peu lent

Il faut le dire : Masterchef, c’est masterchiant, trois heures et demie chaque jeudi à 20 h 40 ! Là où les versions étrangères sont rythmées et toniques (pas un plan de plus de 3 secondes, une heure d’émission max), le Masterchef français s’étire, histoire de faire monter artificiellement la part de marché. Comme une sauce qui, à force d’être allongée, n’aurait plus de goût (d’accord, mais remplacer « sauce » par « plâtre », c’est nul). Et puis il y a Carole Rousseau. Là où une voix off narre les versions étrangères, TF1 a cru bon de rajouter une animatrice maison qui ne sert à rien, sinon à lancer d’agaçants « il vous reste 10 secondes » dans un style matonne. Résultat, lancée depuis trois semaines, grosse campagne de pub à l’appui, l’émission est loin d’atteindre les scores attendus : à peine 4 millions de téléspectateurs. « Ça a marché de façon énorme en Australie et ça marche bien au Royaume-Uni, indique Bertrand Villegas, de l’agence The Wit qui analyse la télé mondiale, mais ça vient de se planter en Allemagne. C’est du concours de talent pour trentenaires en crise, ça n’a pas la même dimension qu’un concours de chant pour ados. » Ainsi, si TF1 entend faire de Masterchef sa nouvelle Starac, ça semble râpé. Oui, comme les carottes.

Paru dans Libération du 04/09/2010


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