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Rire en jaune avec les Simpson

mercredi 25 juillet 2007

  • télévision
  • cinéma

Matt Groening : « C’est un combat de rester en contact avec la stupidité ordinaire de la vie américaine »

par Erwan Cario

tags : séries , animation , interview , dessin animé

Matt Groening, rue Béranger, à Paris, le 29 juin 2007 - Jérôme Bonnet

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Après vingt ans de succès à la télé, les créateurs des Simpson sortent leur premier film en salles dans le monde entier. En kiosque, Libération accueille Homer et les autres dans toutes les séquences.

Matt Groening est le créateur des Simpson. Il travaille depuis vingt ans avec Al Jean qui, après avoir été un des principaux scénaristes de la série, en est également le producteur exécutif.

Homer est-il démocrate ou républicain ?
Matt Groening : Je ne crois pas que Homer ait jamais voté. Mais, d’après moi, il est républicain. Et s’il votait, il le ferait sans doute pour le mauvais type.
Al Jean : Il voterait sans doute pour le Big Mac !

Pour vous, la société américaine est donc un sujet inépuisable ?
M.G. : Totalement ! Même si c’est un combat de rester en contact avec la stupidité ordinaire de la vie américaine, nous avons assez de sujets pour les vingt prochaines années. Facilement. Chaque jour, quelque chose arrive à l’un d’entre nous, ou bien nous nous inspirons de l’actualité. Si par malheur nous arrivions à manquer de sujets, on pourrait faire voyager les Simpson dans le reste du monde. Nous étions à Munich l’autre jour, et on a imaginé Homer qui rate tout juste la fête de la bière, en septembre, et qui du coup reste plus d’un an sur place. Malgré l’évolution du monde, les Simpson ne semblent pas bouger d’un poil.
A.J. : Après le début de la guerre en Irak, Bart allait chez les boy-scouts. Il était dans une équipe, et Milouz dans une autre. Et ils se faisaient la guerre. La morale de cet épisode, c’était que la guerre ne rime à rien, sauf pour régler les problèmes de l’Amérique. Je sais que certaines personnes se sont inquiétées et se sont demandé si on pouvait passer l’épisode tel quel. Mais personne n’y a touché et on l’a diffusé sans rien changer.
M.G. : Quelqu’un m’a demandé si je pensais que les Simpson avaient changé après le 11 septembre 2001. Je n’arrivais pas à trouver la réponse, et j’ai demandé à Al, et il a répondu que non. Le climat a changé, mais la famille Simpson reste la même.

C’est représentatif des Etats-Unis ?
M.G. : Eh bien, je ne penserai peut-être pas la même chose demain ; mais oui, je suppose.

En l’espace de vingt ans, avez-vous connu des problèmes de censure avec votre diffuseur, le réseau Fox ?
M.G. : Nous faisons partie de la 20th Century Television, qui nous produit, et de Fox Network. Ce qui n’a rien à voir avec Fox News et ses émissions bizarres et difformes. Nous n’avons jamais vraiment eu de censure sur des sujets politiques. Nos seuls ennuis ont eu lieu quand nous avons voulu nous moquer d’un annonceur. Et la Fox n’aime pas ça du tout. Une autre fois, nous avons parodié Fox News et son bandeau d’actualités qui défile en bas de l’écran. Nous n’avons pas eu le droit de le refaire, parce que « ça peut perturber le spectateur ». C’était pourtant très drôle. Ça disait : « Albert Einstein + Brad Pitt = Dick Cheney », ou « une étude montre que 98 % des démocrates sont gays » ou encore « Rupert Murdoch est un danseur formidable ». Pas vraiment de quoi tromper les téléspectateurs !
A.J. : C’est aussi arrivé sur un épisode en Italie où, durant un repas, Lisa prenait un verre de vin. On a dû couper juste avant que le verre ne touche ses lèvres : un enfant ne peut pas consommer d’alcool à la télévision. En Amérique, on ne peut pas trop rire avec l’avortement. Mais il y a tellement de sujets avec lesquels on peut s’amuser qu’on ne se sent pas vraiment enfermés.

Qu’est-ce qui a changé depuis les débuts ?
M.G. : En 1987, la chaîne avait commandé treize épisodes d’un coup, et pas uniquement le pilote comme d’habitude. Nous avions donc treize épisodes en cours avant de voir le résultat du premier.
Tout le succès de la série est vraiment fondé sur ces premiers épisodes. Mais on n’en savait rien au moment où on les a fabriqués. C’était une expérience où nous voulions juste faire quelque chose de très rythmé et d’irrévérencieux. Plus tard, on est devenu plus ambitieux. Mais le problème c’est que chaque spectateur se souvient de son moment préféré, qu’il a vu quand il était beaucoup plus jeune.

Comment avez-vous réagi lorsque des républicains, au moment de la guerre en Irak, ont repris votre expression pour qualifier les Français : « Cheese eating surrender monkeys » (« singes défaitistes mangeurs de fromage ») ?
M.G. : Ce n’était pas du tout le contexte original. C’était le jardinier Willie qui hurlait contre une classe d’étudiants en français. Et des gens ont décidé de la sortir de son contexte tout en rappelant la parenté avec les Simpson. Vous savez, on a souvent à faire avec des stéréotypes ridicules mais ça m’a rendu fou. En plus, j’adore la France. Etre associé à ça, c’était insultant.

Prenez-vous en compte votre audience internationale, lorsque vous travaillez sur un épisode ?
M.G. : On fait vraiment la série pour le petit groupe de personnes qui travaille dessus. On se concentre sur ce qui nous fait rire. Pour les autres pays, on essaie de les caricaturer comme on le fait pour les Etats-Unis. Parfois, ça ne s’est pas bien passé. Le pire a été quand les Simpson ont visité le Brésil. Quelqu’un au ministère du Tourisme brésilien a été très offusqué parce que nous avions montré des gens à Rio qui se baladaient autour de la ville en faisant la chenille et en dansant. C’était juste ridicule.

Pourquoi les Simpson sont jaunes ?
M.G. : Je suis un dessinateur en noir et blanc. Je suis trop paresseux pour faire de la couleur. Quand il a fallu donner de la couleur aux Simpson, en 1987, les animateurs m’ont proposé les personnages en rose peau. Yak ! Je n’en voulais pas. Une des animatrices, Georgie Peluse, m’a proposé ce jaune. Et là, je me suis tout de suite rendu compte que c’était la couleur qu’il fallait, que cela ferait partie de notre identité. Que les gens sauraient tout de suite qu’ils regardaient les Simpson en zappant d’une chaîne à une autre. C’était différent de tout le reste de la télévision. D’ailleurs, aujourd’hui, je ne les vois même pas en jaune. Et c’est aussi assez agréable pour moi d’exploser tous ces stupides stéréotypes racistes.

A lire également sur Ecrans :
- Homer réussit son odyssée, la critique du film (25/07/2007)
- Jaune devant marrant derrière, un historique de la série (25/07/2007)



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