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mercredi 10 décembre 2008 09:52

  • cinéma

Mexique : robots à la chaîne

Export. Habile film d’anticipation sur l’exploitation.

par Bruno Icher

DR

Sleep Dealer, d’Alex Rivera, avec Luis Fernando Peña, Léonor Varela... 1h30.

Il y a une naïveté et une humilité assumées chez Alex Rivera qui donnent à son film un caractère immédiatement sympathique. Dans le registre de l’anticipation, pas vraiment une caractéristique du cinéma mexicain, l’entreprise du jeune réalisateur vise à construire un futur collant au plus près d’une réalité contemporaine. De ce point de vue, Sleep Dealer est assez réussi, rendant crédible et cohérente une époque qu’on imagine à nos portes et qui n’est qu’une extrapolation logique des relations de maître à esclave entre les Etats-Unis et le Mexique. Si le pessimisme du film tape juste, il s’égare parfois dans le grandiloquent quand il s’agit d’aborder les relations hommes-femmes à travers Memo (Luis Fernando Peña), un paysan déraciné, et Luz (Léonor Varela), intellectuelle à la fibre sociale.

Le film démarre sur l’alternative à laquelle les Mexicains sont peu ou prou soumis. Crever la faim en tentant d’arracher à la sécheresse de maigres plants de maïs ou survivre en se mettant au service de compagnies américaines. Légères variantes dans ce futur à peine imaginaire, l’eau est désormais rationnée par de grandes entreprises qui s’en sont approprié les droits et, d’autre part, la frontière entre les deux pays est hermétiquement fermée par un mur infranchissable. Pour travailler, les jeunes Mexicains sont contraints de se faire poser des électrodes sur tout le corps afin d’être « pluggés » sur des robots dociles qui font le boulot de l’autre côté du Rio Grande. Dans les usines interminables de Tijuana qui ne ferment jamais, Memo, branché à ses câbles, devient ouvrier du bâtiment de la même manière que ses milliers de voisins font, à distance, les nurses, les cuisiniers, les jardiniers, les garagistes ou les laveurs de chiottes de l’Amérique. Le plus sinistre dans cette affaire, c’est que l’hypothèse n’a rien de radicalement farfelue.

Paru dans Libération du 10 décembre 2008


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