jeudi 15 mai 2008 09:03
Michel Gondry, dans l’omnibus
Entretien autour du film « Tôkyô ! », œuvre à six mains.
par Bruno Icher
tags : bande dessinée , cinéma d’auteur , geek
Michel Gondry hier à Cannes. Photo Léa Crespi
Michel Gondry enchaîne les interviews avec une décontraction à peu près totale. S’il donne l’impression de n’avoir rien préparé, il possède son discours sur le bout des doigts. « Je crois qu’on appelle ce genre de films à plusieurs réalisateurs un “omnibus”. En général, je n’aime pas en voir, mais deux éléments m’ont poussé à accepter. D’une part la ville de Tokyo qui est l’exact contraire de New York. Il y a là une énergie silencieuse. Les gens marchent vite, sans fioriture ; alors qu’à New York, tout le monde roule des mécaniques. Ensuite, la présence des deux autres réalisateurs m’a convaincu. » Tôkyô !, réalisé à six mains – s’ajoutant celles de Leos Carax et du Coréen Joon-ho Bong, présent il y a deux ans à la Quinzaine avec The Host –, est un moyen métrage multiplié par trois, chacun trente minutes, sans connexion l’un avec l’autre. « Au départ, j’avais soumis l’idée d’un cadavre exquis. Une idée qui me trotte dans la tête depuis longtemps et que j’avais expérimentée avec Spike Jonze il y a une dizaine d’années. J’avais même l’intention d’en faire une émission de télé. Mais les deux autres réalisateurs n’étaient pas chauds du tout. Tant pis. » Pour autant, Michel Gondry n’a pas boudé son plaisir. Il est parti avec la scénariste Gabrielle Bell, auteure américaine de BD, à la découverte d’un cinéma dont il ignorait les mécanismes. « Travailler avec une équipe entièrement japonaise a été une expérience agréable. Je sais que cela ne fait pas très social de dire ça, mais le fait que nous ne soyons pas limités par les heures supplémentaires là-bas m’a dégagé de toute angoisse. On tourne jusqu’à ce que ce soit fini. » Pour son segment, « Interior Design », Michel Gondry a dû abandonner maintes certitudes, même celle d’être le chef incontestable de son tournage. « Au début, le chef-op interrompait les scènes car il trouvait le cadre mauvais. En, temps ordinaire, je serais devenu dingue. Là, par diplomatie, j’ai préféré le laisser faire et observer sa manière de travailler. Souvent, il avait parfaitement raison. »
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