mardi 30 mars 2010 10:29
Michele Santoro raille Berlusconi sur le Web
par Eric Jozsef
DR
De notre correspondant à Rome
Silvio Berlusconi voulait l’interdire d’antenne et le chasser de la RAI, la télévision publique italienne. À la veille des élections régionales, le journaliste Michele Santoro, animateur de l’émission hebdomadaire Annozero, a trouvé la parade : transmettre pour une nuit sur des chaînes locales, sur satellite et sur Internet. Pour l’occasion, l’ancien vice-président américain Al Gore avait même ouvert sa télévision, Current TV, à Annozero. « Berlusconi n’a pas d’adversaire politique si ce n’est des émissions télévisées comme la mienne qui posent des questions qui le dérangent », a coutume d’expliquer Santoro. En réalité, ce sont toutes les émissions politiques de la RAI qui ont été supprimées à la veille du scrutin des 28 et 29 mars. Sur proposition d’un parlementaire de l’opposition qui souhaitait que toutes les sensibilités politiques aient accès aux débats, la majorité de droite de Silvio Berlusconi, s’engouffrant dans la brèche, a voté une réglementation obligeant les émissions politiques à accueillir tous les représentants des listes des treize régions pour permettre un débat soi-disant équilibré. Face à l’impossibilité matérielle de donner la parole à tous les candidats, la plupart des talk-shows politiques ont été suspendus jusqu’au vote. Les journalistes qui ont décidé de maintenir leurs émissions ont dû jongler pour parler d’élections sans citer le nom des candidats sous peine d’amende, évoquant le « capitaine du Milan AC » (Silvio Berlusconi) ou « l’homme à moustache » (le dirigeant démocrate Massimo D’Alema). Pour contourner l’interdiction, Michele Santoro a décidé quant à lui de se réfugier sur le Web et les télés locales, dispensés de réglementation. D’autant que le chef du gouvernement a depuis des années tout fait pour tenter de bâillonner le journaliste qui ne fait pas mystère de ses opinions politiques, au point d’avoir été un temps eurodéputé du parti démocrate. Berlusconi vient d’ailleurs d’être mis en examen par la justice pour « concussion et menaces ». Il aurait multiplié les interventions auprès de la RAI et du CSA italien pour mettre un terme à l’émission de Santoro, ainsi qu’en témoignent des écoutes téléphoniques. « Vous me dégoûtez, vous êtes une plaisanterie », s’énerve Berlusconi au téléphone avec un des membres de l’Autorité. « Quel type d’organisme êtes-vous ? Je n’en peux plus [de Santoro, ndlr], il faut que vous fassiez quelque chose. » Au lendemain de la diffusion « pirate » d’Annozero jeudi soir, l’attaque contre Michele Santoro a été relancée. La RAI a diligenté une enquête pour vérifier s’il n’a pas utilisé des moyens techniques de la télévision publique et s’il a respecté son contrat d’exclusivité. Jeudi, la soirée a en tout cas été un succès médiatique. Et l’éditorialiste du journal la Repubblica de se féliciter : « Le show de Santoro a montré qu’il n’est plus possible de ramener des millions d’Italiens dans le lit de la docilité médiatique. » Paru dans Libération du 29 mars 2010
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